Dans Le Courrier du 7 octobre dernier, à propos de la situation en Palestine et des lenteurs de la gauche à prendre une position claire, le conseiller aux Etats (PS-GE) Carlo Sommaruga note: «La social-démocratie a longtemps eu une approche bienveillante face à l’Etat d’Israël, fondé puis longtemps gouverné par un parti travailliste. Elle ne prenait pas en compte la présence des communautés palestiniennes et assimilait l’antisionisme à l’antisémitisme.»
Lors du 1er Congrès des peuples d’Orient (Bakou, 1920), le président de l’Internationale communiste, Grigori Zinoviev, avait affirmé que la IIe Internationale «était l’Internationale des hommes blancs». En effet, elle regroupait des partis du Nord global et ses sections dans les pays du Sud étaient composées essentiellement de ressortissants des métropoles coloniales. La social-démocratie a donc eu beaucoup de peine à reconnaître le droit à l’émancipation des peuples colonisés.
En 1930, la IIe Internationale (reconstituée) admit dans ses rangs le Mapai (parti travailliste, sioniste). Or, cette même année, elle intégra un autre membre: le Bund (parti socialiste juif de Pologne), qui militait contre l’antisémitisme de la droite polonaise. Fermement antisioniste, le Bund dénonçait le projet d’un Etat juif comme une impasse.
L’un de ses dirigeants, Henryk Ehrlich (mort en 1942 dans une prison soviétique), écrivit de manière prémonitoire: «Que peut être dans le meilleur des cas la Palestine juive? Le micro-Etat d’une minuscule tribu hébraïque au sein du peuple juif. Lorsque les sionistes s’adressent aux non-Juifs, ils sont de fervents démocrates et représentent les relations sociales de la Palestine actuelle et future comme un parangon de liberté et de progrès. Mais si un Etat juif était créé en Palestine, son climat mental serait la peur éternelle d’un ennemi extérieur (les Arabes), un combat perpétuel pour chaque centimètre carré de terrain, pour chaque miette de travail contre un ennemi intérieur (les Arabes) et une lutte sans répit pour éradiquer la langue et la culture des Juifs de Palestine non hébraïsés» (Henryk Ehrlich, Le sionisme est-il un mouvement d’émancipation démocratique ? Réponse au professeur S. Doubnov, Di Tsukunft, 1938).
Très affaibli par le génocide nazi durant la Seconde Guerre mondiale et la répression stalinienne dans la Pologne d’après-guerre, le Bund subsista néanmoins en exil. Mais, vu son affaiblissement, la critique du sionisme ne trouva plus de voix au sein de la social-démocratie.
Hans-Peter Renk,
Le Locle (NE)