Une victoire de la mobilisation populaire, un revers cinglant pour l’extrême droite – et un signal pour les forces progressistes du monde entier.
Dimanche soir, Luiz Inácio Lula da Silva a été élu pour la quatrième fois à la présidence du Brésil. Déjouant les sondages, l’ancien métallo s’est imposé avec 4,4 millions de voix d’avance sur le candidat d’extrême droite, Flávio Bolsonaro. En trois semaines, le leader du Parti des travailleurs (PT) a engrangé 10 millions de suffrages supplémentaires, un retournement de situation historique. Et ce, malgré les manœuvres illégales de l’extrême droite, qui a tenté d’entraver la participation au vote dans plusieurs municipalités, en limitant l’offre en transports publics.
Ce succès est le fruit d’une lutte acharnée, menée sur tous les fronts. Au lendemain du premier tour, la jeunesse brésilienne est descendue en masse dans les rues, déclenchant des mobilisations d’une ampleur inédite depuis la fin des années 1980; sur les réseaux sociaux, le député André Janones et son «Armée de Lula» ont contré avec succès l’hégémonie de l’extrême droite; dans les quartiers périphériques et les campagnes, mouvements sociaux, militant·es de gauche et milieux culturels – notamment la scène rap – ont effectué un remarquable travail de terrain; tandis qu’à Brasilia, le gouvernement prenait des mesures concrètes en faveur de la classe laborieuse: fin de la semaine de travail de six jours, remise de dettes pour les micro-entrepreneur·euses, soutien aux étudiant·es à bas revenus, gratuité des transports le week-end, etc.
Cette dynamique a empêché le retour au pouvoir du clan Bolsonaro et du projet autoritaire, antisocial, climaticide, misogyne et raciste qu’il incarne. Cela représente un immense soulagement pour des millions de femmes, de personnes racisées et/ou LGBTQ+, de membres des communautés autochtones et de militant·es de gauche.
Le résultat de dimanche marque aussi un coup d’arrêt à la progression de l’Internationale réactionnaire inféodée à Trump sur le continent. Mais la bataille n’est pas terminée. Flávio Bolsonaro exige l’annulation du scrutin, et sa capacité de nuisance reste intacte: l’extrême droite brésilienne domine désormais le Congrès, dispose d’une base sociale consolidée et compte sur le soutien des Etats-Unis. Quant à la bourgeoisie de ce pays-continent, elle a voté pour le candidat néofasciste et mène une campagne féroce pour réduire les dépenses publiques – en opposition frontale avec les progrès sociaux promis par le président sortant.
Face à de tels ennemis, «Lula devra gouverner avec le peuple dans la rue», résumait Gilmar Mauro, membre de la direction du Mouvement des Sans Terre, à l’issue du scrutin. Ce sera l’enjeu des semaines et mois à venir.
Mais pour l’heure, savourons le vent d’espoir soulevé par cette victoire historique des classes populaires brésiliennes face à la peste brune. Et remercions-les pour cet exemple.