Des chauffeurs Uber militent pour plus de clarté sur les prélèvements financiers de la plateforme.
L’une des questions les plus controversées pour les utilisateurs d’Uber reste l’argent prélevé par l’entreprise pour chaque course. Le fondateur de l’association Personaldata.io, Paul-Olivier Dehaye, affirme que le géant américain empoche parfois davantage que les 25% déclarés, avec des «variations d’un trajet à l’autre». Il en résulte, selon lui, «un nivellement vers le bas des conditions de travail et de la rémunération des conducteurs». L’objectif est d’augmenter le nombre de chauffeurs disponibles sur la plateforme et, par conséquent, l’offre de courses pour les passagers.
La multinationale conteste cette interprétation. Elle explique que l’écart entre le montant payé par le client et celui versé au chauffeur peut inclure des taxes, des assurances et d’autres coûts facturés par des tiers. Elle précise aussi que sa part de revenus est restée relativement stable, à 21%, à l’échelle mondiale au troisième trimestre 2025. Uber ne précise toutefois pas dans quelle mesure ce pourcentage peut varier d’une course à l’autre.
Plusieurs chauffeurs se sont toutefois plaints de ce qu’ils considèrent comme une manipulation et un manque de transparence dans la tarification. Brahim Ben Ali, ancien utilisateur français de la plateforme, affirme que l’écart entre le montant payé par un passager et celui qu’il recevait atteignait parfois 60%. Lorsqu’il demandait des explications, on lui répondait qu’il s’agissait d’un «problème d’étalonnage».
A Zurich, Cem Kurun, chauffeur Uber, a comparé un jour la somme qu’il avait perçue pour une course avec celle que le passager lui disait avoir payée. Il a constaté une différence de près de 50%. Il évoque également le cas d’un collègue qui aurait reçu un peu plus de 30 francs pour une course que le client disait avoir payée 80 francs.
En 2023, Uber s’est vu infliger une amende de près de 10 millions de francs pour une série de manquements à ses obligations de transparence et au droit des chauffeurs concernant l’accès à leurs informations personnelles. Cet été, l’Autorité néerlandaise de protection des données a condamné la société à une amende de près de 825 millions pour avoir utilisé des processus décisionnels entièrement automatisés afin de suspendre, à titre temporaire ou définitif, les comptes de chauffeurs.
L’organisation Worker Info Exchange International a récemment lancé une nouvelle action collective aux Pays-Bas, où Uber a son siège européen, au nom d’environ 240’000 chauffeurs.
Brahim Ben Ali, lui, ne lâche rien. Aux côtés de Paul-Olivier Dehaye et de quelque 19’000 chauffeurs, il a également saisi les tribunaux. Selon ses calculs, les demandes d’indemnisation pourraient atteindre environ 40’000 francs par conducteur. «Pourquoi Uber devrait-il être le seul à s’enrichir sur notre dos, grâce à nos données?» s’interroge le Français. «Nous devons reprendre le contrôle de nos informations personnelles.» Et de prévenir: «Je serai le pire cauchemar de l’IA». SWISSINFO