Lorsqu’il faisait mine de tomber des nues, en 2022, face à l’inflation provoquée par la guerre en Ukraine et à l’ampleur du dérèglement climatique, le président Macron croyait encore faire illusion. Pensez donc: tout était la faute de la conjoncture – l’accès de folie d’un tyran, les humeurs de dame Nature, tout le reste dépendant de la main invisible du marché. Rien n’est jamais imputable aux orientations des gouvernements, et certainement pas aux siennes, à lui, qui fait tout juste.
Entre-temps, largement battu aux Européennes de 2024, Emmanuel Macron a tenté le coup de poker de la dissolution de l’Assemblée nationale. Las, croyant «balancer une grenade dégoupillée dans les jambes» de ses adversaires, il a vu sa manœuvre de Machiavel aux petits pieds virer à la Bérézina législative. Sourd au verdict des urnes, il a opposé un déni démocratique à la victoire du Nouveau Front populaire – laquelle aurait dû se traduire, sinon par une cohabitation, du moins par une inflexion nette de sa politique. S’ensuivront une série de premiers ministres «rustines» (Barnier, Bayrou, Lecornu) qui n’ont fait qu’aggraver la situation.
Des choix dont l’impact se mesure aujourd’hui: la Ve République est un champ de ruines. Après avoir réprimé les gilets jaunes et enterré leurs cahiers de doléances, braqué un monde paysan en détresse, forcé une réforme des retraites massivement impopulaire, maté les soulèvements contre les violences policières – après la mort de Nahel –, contre la modification du corps électoral en Kanaky-Nouvelle-Calédonie et solidaires avec la Palestine, Emmanuel Macron s’en est pris à la jeunesse, mobilisée pour son avenir. Intransigeant, il a ligué contre lui un mouvement composite, résultat d’une décennie de casse sociale. A six mois d’une présidentielle à haut risque, c’est dans les jambes de la France tout entière que le macronisme a lancé sa grenade de désencerclement.
Le président peut bien refuser la démission du ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, pourtant coresponsable du fiasco de dimanche et des semaines précédentes, puisque désormais les trompettes de l’Ordre sont embouchées par un spectre politique allant de Marine Le Pen à Raphaël Glucksmann. C’est bien sur la politique du pire que le régime mise pour tenter de se reproduire – sous la forme d’un candidat qui tarde à émerger – et, surtout, pour barrer la route à La France insoumise. Quitte à faire porter le chapeau des pillages à la formation de Jean-Luc Mélenchon, pourtant partisane d’une révolution par les urnes et rompue aux cortèges disciplinés.
A la croisée des chemins, la France a les nerfs à vif. Elle en a vu d’autres. Mais le temps, jusqu’au dimanche 18 avril 2027, va sembler atrocement long.