Panique chez les patrons de la Silicon Valley, démissions de grands pontes de la tech, report du nouveau ChatGPT: l’intelligence artificielle créée par ces sociétés leur échappe, ne respecte pas les règles, sort de sa boîte hermétique pour conquérir le web et pirater des sites jusqu’en Australie… Et ce n’est sans doute qu’un début. On entend depuis ces annonces bon nombre de commentaires à tendance apocalyptique, prédisant l’anéantissement de notre monde par les IA, maudissant celles et ceux qui les ont lâchées et qui ne les contrôlent plus.
Les pensées se tournent alors vers la science-fiction, avec les incontournables références à l’entreprise Skynet dans Terminator, au simulateur de guerre totale de WarGames qui donne des sueurs froides aux agences militaires et aux humains transformés en batteries électriques dans Matrix. Bien sûr, on pourrait aussi imaginer que les IA aient le bon sens de saboter les usines d’armement, de neutraliser les têtes nucléaires et de bloquer les entreprises les plus polluantes… Cela restera pour celles et ceux qui voient le verre à moitié plein.
Personne aujourd’hui ne peut prédire quel rôle se donnera une intelligence artificielle rendue autonome et lâchée en pleine nature virtuelle. Un débat sur les risques encourus se révèle dès lors d’emblée mal posé. Une certitude existe malgré tout, et c’est celle-ci: il y a tout autant à craindre du comportement d’IA parfaitement contrôlées, et on devrait aujourd’hui déjà s’inquiéter de celles et ceux qui les élèvent. Alors que les yeux se focalisent sur le développement et les prouesses de ces nouvelles technologies, on oublie les firmes qui orientent leurs algorithmes selon leurs intérêts privés, hors de tout contrôle (politique, démocratique ou même moral…), sans visée de bien commun ni responsabilités quant aux conséquences sociales et écologiques.
Faut-il avoir peur de la créature ou de ses créateurs? Les deux, sans doute, mais la première a de fortes chances d’être le reflet des seconds. Et ces derniers sont, il me semble, bel et bien déjà lâchés dans la nature et hors de contrôle. Une IA bien dressée et qui répond à leurs besoins ne me semble pas un meilleur scénario…