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A Cuba, la faim comme outil de guerre

Lors de la 63e session du Conseil des droits de l’homme de l’ONU à Genève, la rapporteuse spéciale Alena Douhan a dénoncé l’asphyxie humanitaire de Cuba sous le blocus américain. Face à cette «punition collective», le CETIM fustige la passivité des pays occidentaux, particulièrement de la Suisse.
Cuba

L’année 2026 marque le soixantième anniversaire de la Conférence tricontinentale de La Havane, jalon historique des mouvements de décolonisation et de libération nationale. S’il eût été légitime d’espérer la célébration à Cuba de la solidarité entre les peuples, de la marche des nations vers la souveraineté et de l’égalité en droit, le traitement auquel est soumise la nation cubaine s’avère profondément contraire à ces aspirations. Les débats de la 63e session du Conseil des droits de l’homme de l’ONU (du 7 septembre au 7 octobre 2026 à Genève) ont permis d’analyser l’impact des mesures coercitives unilatérales des Etats-Unis ciblant Cuba. Alena Douhan, rapporteuse spéciale, a présenté les conclusions de sa mission sur place. Dans son rapport, elle rappelle que l’embargo imposé à Cuba englobe un large spectre de sanctions instaurées par les Etats-Unis depuis 1962. Ces mesures constituent une grave atteinte aux droits humains, notamment à l’alimentation.

La pénurie de combustible provoquée par l’embargo affecte la production alimentaire cubaine: le secteur fonctionne avec moins de 40% du fuel nécessaire, ce qui paralyse la production et provoque l’inflation sur les produits alimentaires. Le droit fondamental à la santé est également bafoué. Bien que les produits médicaux soient théoriquement exemptés des mesures du blocus, l’application de la règle dite des «10% de minimis» – stipulant que tout bien commercial contenant au moins 10% de composants d’origine ou sous licence étasunienne est soumis aux sanctions – entrave l’acheminement de la majorité des médicaments. Mme Douhan fait état de plus de 96 000 patient·es en attente d’une intervention chirurgicale.

Toute l’industrie cubaine se trouve fragilisée par la surconformité d’entités internationales et de gouvernements étrangers qui se soumettent aux règles étasuniennes illégales et illégitimes. La rapporteuse spéciale illustre ce constat par l’exemple d’un équipement de fabrication allemande. Face au refus du fabricant allemand de procéder aux réparations, la remise en état de la machine a finalement été assurée par des experts russes. L’experte de l’ONU souligne que la situation dépasse largement le cadre bilatéral entre Cuba et les Etats-Unis, étant donné que ces mesures arbitrairement imposées par Washington sont appliquées à la lettre par les institutions financières et les sociétés transnationales, sans aucune réaction des Etats où siègent ces entités. Elle dénonce ainsi la complicité des Etats tiers, en particulier occidentaux, dans la politique étasunienne.

Dans le domaine académique, les contraintes imposées par les Etats-Unis constituent une entrave grave à la coopération et dissuadent les chercheurs de travailler avec les institutions cubaines. Il en est de même pour le travail humanitaire: les ONG et les bénévoles renoncent à intervenir sur le territoire cubain par peur des sanctions. Dans le cas de l’ouragan Melissa, les résident·es des zones sinistrées à Cuba (2,2 millions de personnes touchées) ont reçu 35 fois moins d’aide humanitaire que la Jamaïque (1,6 million de sinistré·es). Mme Douhan affirme que l’ensemble des mesures coercitives unilatérales frappent durement les plus vulnérables. Le rapport montre que ces mesures constituent une «punition collective» qui impacte avant tout les personnes en situation précaire. En conclusion l’experte exhorte le Conseil des droits de l’homme à exiger la levée des sanctions contre Cuba. Elle rappelle qu’il incombe à tous les Etats d’assumer leurs responsabilités à l’égard de leurs entreprises et institutions nationales qui entravent de facto la réalisation des droits humains à Cuba.

Dans ce contexte, les autorités suisses ont aussi l’obligation de garantir le respect du droit international et des droits humains. L’inaction de nos instances dirigeantes équivaut à un soutien à la crise humanitaire provoquée par les Etats-Unis à Cuba. La passivité de nos institutions contribue à l’augmentation de la mortalité, au défaut d’assistance lors de catastrophes naturelles, et participe à l’asphyxie criminelle de la population civile de l’île. Cet embargo constitue un échec stratégique indéniable. Le maintien de ce blocus ne traduit rien d’autre qu’une logique d’ingérence impérialiste des Etats-Unis au mépris absolu de la souveraineté nationale cubaine.

Paris Galaz est collaborateur du Centre Europe-Tiers Monde (CETIM).