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Libérer Marwan Barghouti pour construire la paix

«Pour la création d’un Etat palestinien indépendant et démocratique, il faut libérer Marwan Barghouti»: sous ce libellé, des associations juives de Suisse demandent au Conseil fédéral d’intervenir auprès d’Israël pour la libération du leader palestinien détenu depuis vingt-quatre ans, qu’elles considèrent comme l’interlocuteur indispensable pour relancer la solution à deux Etats.
Proche-Orient

Marwan Barghouti, militant palestinien respecté, croupit en prison depuis vingt-quatre ans. Membre du Conseil législatif palestinien depuis 1996, acteur important de la deuxième Intifada, il a été arrêté et condamné à perpétuité par un tribunal civil israélien sans que sa culpabilité ait été réellement prouvée dans un procès équitable. Sa popularité auprès de la population palestinienne est immense et sa longue incarcération n’a pas diminué sa notoriété. Certains le considèrent même comme le Nelson Mandela palestinien.

Ce qui le rend si singulier, c’est sa conviction que le conflit israélo-palestinien ne sera résolu que par la création d’un Etat de Palestine nécessaire à une solution à deux états démocratiques – un Etat palestinien indépendant à côté de l’Etat d’Israël – comme base indispensable à l’établissement d’une paix juste et durable au Proche-Orient.

Or, le massacre barbare du 7 octobre et la prise d’otages par le Hamas ont ravivé une guerre atroce. La riposte sanglante du gouvernement israélien, sa stratégie de destruction massive et de nettoyage ethnique à Gaza, les agressions quotidiennes des Palestiniens de Cisjordanie par les colons des alentours, l’occupation du Sud-Liban ainsi que la volonté à peine cachée du gouvernement israélien de chasser la population arabe de son territoire rendent toute solution de plus en plus difficile.

Dans ce conflit à la fois religieux, politique et territorial, chacune des deux parties réclame pour elle-même un territoire «From the river to the sea», rejetant ainsi le souhait de l’autre et compromettant de facto une paix basée sur la coexistence territoriale.

Il est de plus en plus urgent de sortir de ce cercle de violence par la remise sur le métier du projet de solution à deux Etats.

Dans ses récentes prises de position, le Département fédéral des affaires étrangères a officiellement considéré l’option à deux Etats démocratiques comme la base indispensable pour l’établissement de la paix au Proche-Orient.

La première étape vers un processus de paix doit donc être la création d’un Etat de Palestine, avec des frontières reconnues et sa reconnaissance par les instances internationales, dont la Suisse. Trois ans après le 7 octobre, on ne peut plus affirmer que la reconnaissance d’un Etat palestinien serait une récompense au terrorisme.

La deuxième condition sera de trouver un interlocuteur valable, soit une personnalité forte et représentative, capable d’entendre la voix de «l’autre» et de négocier.

On entend fréquemment dans la bouche de politiciens israéliens qu’il n’y a pas d’interlocuteur valable parmi les membres de l’Autorité palestinienne. C’est faux! Marwan Barghouti, dont la libération est déjà réclamée par de nombreux responsables israéliens de tous bords, pourrait être l’interlocuteur capable d’entamer une négociation politique, seule capable d’apporter paix et sécurité dans la région.

Or, selon Elie Barnavi1>Elie Barnavi, «Marwan Barghouti est le seul capable d’unifier le peuple palestinien autour d’un projet national et de la solution à deux Etats» (tribune), Le Monde, 17 juillet 2026., historien et ex-ambassadeur d’Israël en France, Marwan Barghouti est «affamé, torturé, régulièrement passé à tabac et systématiquement privé de soins». Sa santé est gravement menacée. Sa libération est donc une nécessité, non seulement pour des raisons humanitaires, mais aussi parce qu’elle constitue, en 2026, le seul espoir pour l’établissement d’une paix juste et durable.

C’est pourquoi plusieurs associations juives de Suisse2>JCALL Suisse (Jewish Call for Reason), CMB (Cercle Martin Buber), JVJP (Jüdische Stimme für Demokratie und Gerechtigkeit in Israel/Palästina), Ina autra senda – Swiss Friends of Combatants for Peace., ainsi que des personnes engagées pour la paix*, ont récemment écrit une lettre au Conseil fédéral, demandant à ce dernier d’intervenir auprès du gouvernement israélien pour obtenir la libération de Marwan Barghouti.

Notes[+]

*Léo Kaneman, Massia Pougatch, Bénédicte Amsellem-Ossipow, Yves Magat, Dr. Michel Borzykowski, René-Simon Meyer, Dr. Daniel Halpérin, Emmanuel Deonna, Pierre Hazan, Grégoire Duruz, René Longet, Anne Perrin, Halima Delimi, Jochi Weil-Goldstein, Anjuska Weil, Monique Eckmann, Miriam Victory Spiegel, Jessica Näf