La politique migratoire de la Suisse s’enfonce encore un peu plus dans l’abject. Renvoyer à n’importe quel prix, quitte à négocier avec les pires régimes du monde. Voilà le mantra de nos autorités dicté par l’UDC et validé par la majorité bourgeoise.
Des documents obtenus via une demande liée à la Loi sur la transparence dévoilent comment nos autorités ont reçu quatre représentants talibans à Genève. L’objectif? Obtenir de cette délégation l’identification de treize individus ayant commis un délit en Suisse, et l’octroi de documents indispensables à leur expulsion vers Kaboul. Plus de 13’000 francs ont été consacrés au séjour de membres d’un régime accusé de crimes contre l’humanité.
Notre enquête, réalisée en collaboration avec le collectif d’enquête WAV, raconte comment la Confédération met la main au porte-monnaie pour livrer des hommes aux bourreaux qu’ils ont fui. L’aide octroyée aux Afghans qui «acceptent» leur retour est de 6000 francs, alors qu’un renvoi forcé par vol spécial coûte en moyenne 13’000 francs. Voici un nouvel exemple des sommes que la Suisse préfère investir dans des renvois qui violent les droits humains (rappelons que certaines personnes sont mortes lors de ces expulsions), plutôt que dans un accueil et une protection digne des personnes fuyant les persécutions.
Cet épisode marque aussi un tournant. Il indique que la Suisse préfère flirter avec les limites de ses obligations internationales pour respecter la Loi sur l’expulsion des criminels étrangers, initiée par le parti d’extrême droite. Les délits passibles d’expulsion vont de l’assassinat à «l’obtention illicite de prestations d’une assurance sociale» mais le SEM a refusé d’indiquer les infractions commises dans cette affaire.
Nos autorités ont mis le doigt dans un engrenage extrêmement grave. La Suisse reprend d’un côté les sanctions de l’ONU à l’encontre des talibans, mais les invite quand ça l’arrange. En août dernier, le Tribunal administratif fédéral affirmait que la situation sécuritaire en Afghanistan s’était «notablement améliorée», permettant ainsi la reprise des renvois qui avaient été suspendus en 2021 avec le retour des talibans. En septembre, le Conseil national acceptait une motion UDC remettant en question la protection des filles et des femmes afghanes dans notre pays.
Alors que les talibans sont accusés par la Cour pénale internationale de crimes contre l’humanité, d’apartheid de genre et de persécution des femmes, d’exécutions extrajudiciaires, de disparitions forcées et de tortures, la Suisse en fait ses partenaires pour mener sa politique d’expulsion. En livrant délibérément des hommes aux talibans après avoir négocié avec eux, elle piétine son héritage humanitaire et les principes qu’elle prétend défendre.