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Le Courrier L'essentiel, autrement

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Plaidoyer pour l’agriculture paysanne

Alors que les vocations se multiplient, l’accès au foncier reste critique pour les nouvelles et nouveaux agriculteur·ices. Les Jeunes Vert·e·x·s exigent des réformes structurelles pour libérer la terre, garantir une souveraineté alimentaire et réussir la transition écologique.
Politique agricole

Notre modèle agricole actuel prône une intensification toujours plus importante. Chaque jour, deux fermes disparaissent dans notre pays au profit d’exploitations toujours plus industrielles et uniformisées. Or, l’agriculture intensive détruit la fertilité des sols, épuise les ressources en eau et met à genou nos producteur·ices d’aliments. En réponse à la crise sociale et écologique qui touche l’agriculture, les Jeunes Vert·e·x·s viennent de publier leur position sur la politique agricole et alimentaire, afin d’exiger des mesures pour une agriculture paysanne rémunératrice, résiliente et durable, ainsi que pour un système alimentaire démondialisé, socialement juste et végétal. Trois axes sont abordés:

Créer de nouvelles conditions économiques. Les chaînes de production alimentaire industrialisées et mondialisées ont de nombreux intermédiaires, ce qui affaiblit le revenu des producteur·ices et le lien entre les consommateur·ices et leur alimentation. Face au pouvoir démesuré de la grande distribution, des réglementations strictes sur la transparence des prix et la limitation des marges s’imposent. De plus, les pratiques commerciales déloyales et les abus de pouvoir du marché doivent être poursuivis de manière simple et efficace.
Ainsi, il devient possible de développer une économie agricole de proximité et de soutenir des structures locales permettant la vente en circuit court; ce qui, in fine, permet de créer des conditions de travail justes pour nos agriculteur·ices. Les revenus agricoles doivent urgemment correspondre au travail fourni et à l’importance systémique de ce secteur, ce qui implique aussi qu’un salaire minimum national soit garanti dans l’agriculture.

Encourager le renouvellement générationnel. D’ici quinze ans, la moitié des agriculteur·ices prendront leur retraite. Malgré l’augmentation constante du nombre de personnes qui se reconvertissent dans l’agriculture, l’accès à la terre reste dangereusement difficile. Pour y remédier, les Jeunes Vert·e·x·s demande que l’on mette en place un droit de préemption sur les terres agricoles pour les jeunes agriculteur·ices et les structures collectives qui démarrent un projet d’agriculture paysanne. En plus de cela, des aides à l’installation destinées aux jeunes agriculteur·ices doivent devenir systématiques, en particulier pour les personnes FINTA1>Acronyme regroupant les femmes, les personnes intersexes, non-binaires, transgenres ou agenres., qui dirigent seulement 8,1 % des exploitations du pays.

Il est également important d’offrir des opportunités aux jeunes générations sur le reste de la chaîne d’approvisionnement. L’introduction d’un apprentissage CFC de cuisinier·ère végan-végétarien est une solution évidente pour transformer la culture culinaire de notre pays et surtout permettre aux nombreux jeunes qui ont fait le choix d’une alimentation végétarienne ou végane de pouvoir vivre leur passion pour la cuisine.

Respecter les bases de la vie en végétalisant l’alimentation. En Suisse, rien n’est fait pour réduire la consommation de viande, alors que la production de protéines animales nécessite maintes et maintes fois plus de terres arables, d’eau et d’énergie. Or, un système alimentaire écologique, sain et abordable est seulement possible s’il se végétalise et si la consommation de viande diminue drastiquement. Il est donc nécessaire de rediriger les subventions agricoles et les paiements directs vers la production végétale et d’abolir toute subvention favorisant un nombre élevé d’animaux de rente. Et comme la publicité influence les choix, il est nécessaire de réduire la promotion publique des produits animaux et de soutenir à la place la commercialisation des aliments d’origine végétale.

En somme, nous ne pouvons plus nous permettre de continuer ainsi, car notre système agricole épuise à la fois les ressources naturelles qui permettent la production alimentaire, mais aussi les personnes qui produisent notre alimentation. L’agriculture paysanne, comme contre-modèle à l’agriculture industrielle, s’impose comme la solution pour transformer notre agriculture. Car oui, ce sont les petit·es paysan·nes qui nourrissent le monde et soignent la Terre. Il est donc plus que jamais nécessaire de se tourner vers cette agriculture paysanne qui, non seulement protège les sols, la biodiversité et le climat, mais permet aussi de vivre, comme il se doit, de cette activité. Grâce à ce modèle, il redevient possible de cultiver un lien fort et bienveillant entre les mangeur·euses et producteur·ices et d’assurer une relève motivée pour les générations à venir.

Notes[+]

Sheldon Masseraz est le coprésident des Jeunes Vert·e·x·s Suisse.