Le référendum islandais du 29 août s’est soldé par un rejet, à titre de consultation populaire, d’une réouverture des négociations en vue d’une adhésion à l’Union européenne. Que l’on salue l’issue du vote ou non, nous pourrons au moins admettre une chose: l’Islande s’est posée une bonne question.
Contrairement à ce que laissent suggérer les eurosceptiques ou les commentateurs mal informés, le vote n’a jamais porté sur l’adhésion en tant que telle à l’UE. Le référendum proposait plutôt, à titre de consultation, de réactiver provisoirement les négociations d’adhésion, pour voir ce que l’Union avait à offrir. Le peuple islandais aurait, plus tard, validé ou non le contrat d’adhésion, formellement et démocratiquement.
Les Islandais auront préféré se priver de jouer cartes sur table, une décision légitime mais difficile à comprendre tant l’issue n’était pas contraignante, considérant également les nombreuses ouvertures de l’Union pour accommoder les spécificités de leur modèle national. L’Islande restera, pour le moment, confortablement calfeutrée dans l’Espace économique européen, que nous refusions nous-mêmes un 6 décembre 1992.
Cette approche montre toutefois à la Suisse qu’il est possible d’envisager une reprise de la perspective d’adhésion de manière progressive et politiquement contrôlée, sans remettre en question le statu quo des relations bilatérales avec l’UE. La suggestion est épineuse, j’y consens.
Et pourtant, les choix politiques ne s’opèrent-ils pas comme dans un marché? Pour déterminer un choix de consommation, n’allons-nous pas – aussi rationnellement que possible – analyser nos besoins, évaluer nos moyens, comparer les rapports qualité-prix ou identifier des alternatives dans un marché pertinent? En d’autres termes, pour savoir si oui ou non nous souhaitons l’adhésion, ne devrions-nous pas, nous aussi, engager le débat, mesurer les options et prendre position?
Pour approuver ou rejeter quelque chose comme l’adhésion, encore faut-il aller au contact de la chose elle-même. Tout le reste n’est que dogmatisme, déni et irrationnalité. Nous préférons donc faire comme si ce débat n’existait plus depuis 1992, ou depuis le rejet de l’initiative «Oui à l’Europe» en 2001, demandant l’ouverture de négociations pour l’adhésion. Comme si nous prétendions savoir ce que l’Union pouvait encore nous offrir trente ans plus tard, dans un monde complètement différent.
Les eurosceptiques suisses applaudissent ainsi, après le vote islandais, l’issue d’un référendum qu’ils n’auraient plus le courage d’affronter aujourd’hui. Par peur d’aller au contact du sujet. Pour tenir la population suisse hors de portée d’une perspective qui pourrait en réalité la séduire.
Cela est arrivé en Islande, malgré l’échec au référendum. A eux le courage d’avoir posé la question au peuple. À quand la Suisse?
Matteo Gorgoni, membre du comité «La Suisse en Europe» et auteur du blog «Notre Suisse, notre Europe» au Mouvement européen suisse.