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«Cette foi qui persiste à renaître»

Alors que plusieurs indicateurs suggèrent un regain d’intérêt pour la foi chrétienne chez les jeunes, le pasteur Jean-René Moret analyse les motivations de ce retour au religieux.
Religions

Différents signaux montrent un regain d’intérêt pour la foi chrétienne, en particulier au sein de la plus jeune génération. Des églises se trouvent emplies de jeunes au début du Carême, l’Eglise catholique en France enregistre chaque année davantage de baptêmes d’adolescents et d’adultes, les Eglises évangéliques se multiplient et les ventes de Bibles au Royaume-Uni ont augmenté de plus de 100% en volume depuis 2019. Ces évolutions contredisent un a priori selon lequel la religion serait appelée à disparaître, à mesure que le progrès de la technologie et de l’éducation la rendrait superflue. Comment donc comprendre cette nouvelle donne et son influence?

L’intérêt de la nouvelle génération peut se comprendre sur le fond du désintérêt des précédentes. Davantage de personnes se font baptiser en tant qu’adolescents ou adultes parce qu’elles sont moins nombreuses à avoir été baptisées enfants. La génération de Mai 68 a rejeté une religion très présente, sclérosée et qu’elle n’avait pas choisi. Elle y a vu une grande victoire appelée à se poursuivre, a transmis cette optique, mais cette impulsion arrive en bout de course. Les générations intermédiaires tendaient à penser qu’elles savaient ce qu’était la foi chrétienne et que cela ne les intéressait pas. La nouvelle génération sait qu’elle n’en sait rien, et peut découvrir la foi avec un regard neuf et curieux.

Certains se pressent d’attribuer le nouveau succès de la foi à la présence d’influenceurs chrétiens sur les réseaux sociaux. Ils jouent certainement un rôle, mais si rien ne rendait la foi attirante, il n’y aurait ni influenceurs, ni répondant parmi le public.

Par ailleurs, le récit selon lequel les progrès de la technologie et de l’instruction permettraient à l’être humain de régler tous ses problèmes prend l’eau de toutes parts. Quand les nouvelles technologies sont vécues sous forme d’anxiété liée aux réseaux sociaux et de deepfakes pornographiques, quand le réchauffement climatique s’accélère et que l’humanité ne semble capable que de compter les pots cassés, quand les conflits armés semblent se multiplier, il devient plus difficile de faire confiance que le progrès humain se suffit à lui-même.

L’observation que le monde va mal est à double tranchant. Cela questionne la bonté du Dieu créateur, voire son existence. Mais nier Dieu revient à nier l’existence d’un bien et d’un mal objectif. Il faut alors dire que ce que nous percevons comme mal n’est qu’une préférence personnelle, l’effet d’un conditionnement social, ou un conditionnement génétique favorisant la reproduction. Beaucoup se rendent alors compte que le mal est bien plus réel que cela, et préfèrent croire en un Dieu qui définit et condamne le mal, apporte son aide pour le combattre, et se donne lui-même pour pardonner le mal commis.

Ce n’est pas la première fois que la fin du christianisme semblait annoncée. On a pu le penser lorsque des barbares païen ou hérétiques ont bouleversé l’empire romain chrétien, lorsque les conquêtes musulmanes ont englouti la plus grande partie des territoires chrétiens, ou quand Voltaire déclarait que la Bible ne serait plus lue d’ici un siècle. Pourtant, la foi chrétienne persiste à ressortir de sa tombe, comme elle affirme que son fondateur l’a fait. En théologie chrétienne, on considère que l’être humain est fait pour connaître son créateur, et que chacun porte en lui une aspiration à connaître Dieu, qui peut être étouffée ou détournée vers d’autres objets mais reste présente.

Finalement, beaucoup de nouveaux convertis attribuent leur choix à une rencontre personnelle avec Dieu. Comme théologien, je suis prêt à les prendre au mot, croyant à un Dieu vivant et agissant. Des explications alternatives sont fréquemment proposées, besoin de certitudes, conditionnement social ou projection de ses besoins sur un Père imaginaire. Mais ne vaudrait-il pas la peine, pour toutes les générations, de jeter un regard neuf sur les questions spirituelles?

Jean-René Moret est secrétaire général des Groupes bibliques des écoles
et universités.