Le lendemain de la manif, Le Courrier décrit «Sarah, 14 ans, a les yeux qui brillent. Elle est venue en pyjama, et en pantoufles, avec dans ses bras son oreiller à cauchemars. Comprenez le capitalisme et l’absence d’avenir, inscrits au feutre noir. J’ai aussi un panneau: ‘C’est un cauchemar! J’ai hâte de me réveiller!’.
Comme un reportage « Nous avons retrouvé Sarah!» je vous écris. Mes yeux qui brillent, entourée plusieurs heures de 30 000 personnes dans une bonne ambiance, ont fini par pleurer. De peur et de brûlures de lacrymogènes.
Pourquoi la police ne crée pas de couloir de sortie si nous sommes en danger, tire des lacrymogènes sur la foule qui ne menace personne, provoque des nuages toxiques et pourquoi sommes-nous directement visés?
Pourquoi je ne peux pas exprimer les revendications des enfants durant les discours et je suis nassée sans avertissement? J’ai pu sortir parce que nous étions des familles. J’ai culpabilisé d’abandonner des amis derrière nous.
Je suis dans mon cauchemar. Pire qu’avant. Je dors mal. La seule réponse que je trouve, c’est que la police n’était pas là pour protéger, mais pour faire peur. Je ne suis pas en danger à cause des «black bloc», je n’en ai même pas vus. Voir les gens avoir peur m’a fait encore plus mal que les brûlures.
J’ai le droit d’être là. Le G7, c’est 7 personnes qui détruisent mon avenir pour du profit. Je pleure la 6e extinction de masse, les morts dans des guerres pour l’eau ou l’énergie. J’ai compris que je n’ai pas d’avenir si la biodiversité meurt ou s’il fait trop chaud.
J’ai peur. Je ne me tairai pas. J’entends le chant «à bas l’Etat policier!»: ça y ressemble. Merci à toutes les personnes solidaires qui étaient là et l’aide proposée.
On se réveille collectivement?
Vous m’aidez à chasser les cauchemars?
Sarah (nom connu de la rédaction)