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G7 et réarmement industriel

Re-penser l'économie

Les projections de puissance des Etats-Unis au Venezuela, en Iran aux côtés d’Israël, puis en mer d’Arabie lors de la crise du détroit d’Ormuz sont les symptômes d’une reconfiguration des normes et des pratiques en politique étrangère, tant du point de vue diplomatique que commercial. Alors que les institutions garantes du droit international se fracturent ou demeurent impuissantes face à l’action génocidaire du gouvernement israélien et au tournant césariste de son allié étasunien, le Groupe des sept, réuni à Evian sous l’égide de la France, tente de ressusciter un ultime avatar du multilatéralisme que nombre de ces mêmes Etats s’attachent par ailleurs à démanteler.

Il convient de s’interroger sur le fond: comment les Sept comptent-ils agir sur les réalités qui font l’objet de leurs délibérations, à savoir les «déséquilibres mondiaux»?

Ne prêtons pas à Emmanuel Macron des intentions dont l’expérience a montré qu’elles lui faisaient défaut. Par «déséquilibres mondiaux», celui-ci entend désigner les déséquilibres croissants de la balance courante de l’Union européenne, de la Chine et des Etats-Unis, et non l’accroissement des inégalités mondiales. La balance courante est une identité macroéconomique qui désigne la somme de deux grands soldes: la différence entre les exportations et les importations, et celle entre les revenus perçus de l’étranger et les revenus versés à l’étranger. Lorsque les flux entrants sont en excès des flux sortants, l’économie nationale dispose d’un excédent commercial: elle accumule de l’épargne.

L’économie internationale est marquée par un accroissement tendanciel des déséquilibres commerciaux. L’excédent commercial de la Chine s’accentue, propulsé par un modèle de croissance axé sur l’exportation et par une politique industrielle investissant dans les technologies de pointe et la maîtrise des chaînes d’approvisionnement en minéraux critiques. Réciproquement, le déficit commercial des Etats-Unis se creuse, en raison du rôle central qu’occupe le dollar.

A ces tendances de long terme s’est ajoutée la politique tarifaire de la seconde administration Trump. Aux taxes étasuniennes sur les importations de produits étrangers ont répondu les restrictions de Pékin sur ses propres exportations. En ciblant les minéraux critiques et les composants électroniques, les mesures chinoises ont momentanément paralysé l’approvisionnement des industries de pointe étasuniennes. Ce conflit commercial a incité les producteurs chinois à rediriger une part croissante de leur production vers l’Union européenne, mettant à présent en péril l’excédent commercial de l’UE.

Les industries européennes se retrouvent ainsi prises en étau. D’une part, l’administration étasunienne menace directement leur compétitivité par ses barrières tarifaires. D’autre part, la demande pour les produits européens s’essouffle face à la concurrence des importations chinoises et au renforcement de l’euro par rapport au yuan. Ces pressions risquent d’être renforcées par la crise du détroit d’Ormuz: l’industrie chinoise étant moins dépendante des importations d’énergie que son homologue européenne, le niveau des prix en Europe pourrait augmenter plus rapidement qu’en Chine.

Dans ce contexte de disruption des chaînes d’approvisionnement mondiales et de reconfiguration des relations commerciales et militaires, qu’ont à proposer les dirigeant·es du G7? Un bloc européen semble se constituer autour d’un projet de «réarmement» industriel, militaire et commercial de l’Union. Porté par des figures comme Mario Draghi et le chancelier Merz, ce projet repose sur un ensemble de mesures en faveur du capital: subventions et exonérations fiscales à l’industrie, protectionnisme aux frontières combiné à une mise en compétition accrue des travailleur·euses au sein de l’UE, libéralisation du marché de l’énergie… Il s’agit tant de surmonter la crise de l’industrie européenne que de tenter de reconquérir une souveraineté militaire face au vide laissé par le désengagement étasunien.

Or ce projet d’un nouveau compromis productiviste et militariste s’apparente à une fuite en avant. Bien loin de traiter les inégalités flagrantes entre les pays de l’Union, il laisse également dans l’ombre les relations que celle-ci devrait entretenir avec les pays du Sud global. Un renouveau du compromis social européen ne peut se faire sans que soit abordée la question des échanges inégaux que l’UE maintient avec ses «périphéries», proches ou lointaines.

* Membre de Rethinking Economics Genève.

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