Les enfants ne perdent pas toujours leurs parents par décès ou abandon. Certains les perdent à la suite de décisions judiciaires.
Souvent, cela ne se produit pas brutalement, mais progressivement: un contact suspendu, une mesure provisoire, des mois qui passent, puis des années. Peu à peu, la distance devient rupture. La rupture devient un nouveau «statu quo».
C’est l’un des problèmes les plus préoccupants du droit de la famille contemporain.
Alors qu’en droit pénal la présomption d’innocence est un principe fondamental, en droit de la famille, une accusation, un conflit aigu ou un simple soupçon peuvent suffire à interrompre la relation entre un parent et son enfant avant même qu’un examen approfondi des faits n’ait eu lieu.
Pour un jeune enfant, le temps n’est jamais neutre. Les mois et les années modifient les liens affectifs, les souvenirs et le sentiment d’appartenance. Un père n’est pas un visiteur. Une mère n’est pas une invitée dans la vie de son enfant. Pourtant, le système tend parfois à traiter les parents comme des figures remplaçables dont la présence peut être administrée ou suspendue.
Lorsque le contact est interrompu, un processus souvent irréversible peut s’enclencher: la distance nourrit l’éloignement affectif, qui finit ensuite par servir d’argument pour justifier de nouvelles restrictions. Ainsi, le système risque de valider les conséquences de ses propres décisions.
L’aliénation parentale demeure un sujet controversé. Toutefois, le phénomène de l’éloignement durable d’un enfant vis-à-vis d’un parent est bien réel et ses conséquences psychologiques peuvent être profondes. Lorsque les institutions tardent à reconnaître ou à corriger ces situations, les enfants et les parents concernés en supportent le coût humain.
La Suisse connaît les dangers d’un Etat convaincu d’agir pour le bien des enfants. L’histoire des Verdingkinder rappelle que des décisions prises au nom de la protection peuvent produire des souffrances durables.
Les tribunaux doivent naturellement protéger les enfants lorsqu’un danger existe. Mais ils doivent aussi agir rapidement lorsque le lien avec un parent risque de se rompre. Des procédures qui s’étendent sur des années peuvent elles-mêmes devenir une source de préjudice.
Un Etat de droit ne se mesure pas seulement à sa capacité de protéger. Il se mesure aussi à sa capacité de reconnaître ses erreurs avant qu’elles ne deviennent irréversibles pour les enfants.
Dr med. Sergio Ulhoa Dani,
spécialiste en médecine générale (Allemagne), médecin praticien (Suisse)