A quelques encablures du G7 qui se tiendra à Evian du 15 au 17 juin, la position des autorités genevoises reste nimbée d’un flou des plus artistiques. La manifestation du 14 juin sera-t-elle autorisée? Quel sort sera-t-il fait au contre-sommet? De quelle ampleur sera la mobilisation? Le mouvement altermondialiste a certes reflué. Mais d’autres causes ont réuni et politisé des jeunes et moins jeunes: grève féministe, grève du climat, lutte contre les discriminations raciales, mouvement de solidarité avec la Palestine et les populations du Proche-Orient. Des luttes où ces militant·es ont fait montre d’une détermination et d’un courage certains.
On peut entendre une partie de la prudence des autorités. Les violences qui avaient eu lieu en 2003 lors du G8 ont laissé des marques durables, elles avaient traumatisé les partis de droite et coûté son siège à la magistrate en charge de la police, la libérale Micheline Spoerri. La socialiste Carole-Anne Kaste, qui occupe aujourd’hui cette fonction exposée, risque gros.
Mais jouer la montre ou tenter de refourguer la patate chaude à la France, comme le fait le Conseil d’Etat, est un jeu dangereux. Car, au vu du nombre important d’organisations qui forment la coalition NoG7, manifestation et contestation, il y aura. En refusant le dialogue ou en louvoyant, l’exécutif cantonal prend le risque d’événements sporadiques, non gérables et potentiellement violents. Les milieux économiques exigent carrément la suspension du droit de manifester du 10 au 21 juin. Une pression non négligeable sur le Conseil d’Etat. Surtout au vu du caractère très droitier du rapport de force au Parlement genevois.
Mais la responsabilité du gouvernement n’est pas uniquement de protéger les vitrines des commerces. Il est aussi de garantir des droits démocratiques aussi élémentaires que celui de manifester, de se réunir et de contester un état du monde de plus en plus autoritaire et antidémocratique.
On assiste à la montée d’idéologies fascisantes qui s’attaquent à des principes fondamentaux comme l’égalité de toutes et de tous, fondement de la démocratie, au profit de nouvelles aristocraties inégalitaires. Ces primes valeurs-là méritent la protection de l’Etat. Ce dernier semble un peu l’oublier. Une absence de boussole qui ne laisse pas d’inquiéter.