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Le prix de la confiance

Un rapport établit qu’une convention a été signée fin 2024 entre la conseillère d’Etat centriste et l’ancien président de la Commission foncière rurale 1 (CFR 1), Jean-Claude Mathey. KEYSTONE
Affaire Dittli

Il y a des affaires qui ne coûtent, en apparence, «que» quelques dizaines de milliers de francs. Puis il y a ce qu’elles emportent avec elles: la confiance publique, la lisibilité des institutions, l’idée que l’argent de l’Etat ne peut pas devenir une monnaie d’apaisement politique. Encore moins dans le secret. Un rapport présenté vendredi ajoute une pièce accablante au dossier, déjà chargé, Valérie Dittli. Il établit qu’une convention a été signée fin 2024 entre la conseillère d’Etat centriste et l’ancien président de la Commission foncière rurale 1 (CFR 1), Jean-Claude Mathey. Elle prévoyait le retrait des plaintes pénales déposées contre la ministre par ce dernier. Mais elle contenait aussi un mandat à 10 000 francs: établir un état des lieux de la CFR 1 et se tenir à disposition jusqu’à mi-2025.

Un second mandat, de 30 000 francs, n’apparaissait pas dans cette convention. Attribué en 2025 à l’initiative d’un cadre de la Direction générale de l’agriculture, pour une somme supérieure au «petit mandat» envisagé par Valérie Dittli dans un courriel, il devait servir à rédiger un ouvrage de référence sur la CFR 1. Le mot qui revient dit beaucoup: il s’agissait, là encore, de «se réconcilier», selon le cadre de la Direction générale de l’agriculture.

On peut plaider la pacification: tourner la page, éviter l’enlisement judiciaire, assurer une transition. Ces motifs existent. Mais ils deviennent explosifs lorsqu’ils se nouent dans l’ombre, avec de l’argent public, sans information complète du gouvernement. Dans un budget cantonal, 40 000 francs ne font pas trembler les murs. Mais la démocratie tient à la clarté des procédures et au devoir de rendre compte. Une magistrate ne traite pas seule un conflit qui engage son département, l’Etat et sa responsabilité. Les institutions ne sont pas une arrière-salle où l’on négocie porte close.

Valérie Dittli soutient que convention et mandats relèvent de réalités distinctes. Juridiquement, des nuances pourront peut-être être établies. Politiquement, l’argument ne porte plus. Quand les partis se désolidarisent et que le Conseil d’Etat dit sa confiance entamée, la question n’est plus celle d’un contrat mal ficelé.

Cette «affaire dans l’affaire» pose celle de la capacité à gouverner. Le rapport part au Ministère public, qui dira s’il y a matière pénale. Mais la politique ne devrait pas attendre. Une conseillère d’Etat répond aussi devant ses collègues, le parlement et, surtout, les citoyennes et citoyens. Si Mme Dittli estime ses agissements justifiés, rien ne l’empêche de s’en remettre au Souverain: démissionner, puis se représenter. Au moins, cette fois, la décision se prendrait à ciel ouvert.

Dossier Complet

L’affaire Valérie Dittli

En mars 2025, la conseillère d'Etat s'est vue retirer son rôle de grande argentière du canton suite à la publication d’une analyse externe sur des dysfonctionnements au sein de son...

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