Œil pour œil, dent pour dent: telle est la loi du talion. Ce principe de justice archaïque a depuis longtemps été abandonné par nos sociétés modernes. Jugé barbare et expéditif, il a cédé la place à l’institution judiciaire et à ses procédures. Mais que faire lorsque les victimes ne sont ni entendues, ni protégées? Lorsque les agresseurs restent impunis, libres de recommencer?
A ces questions, le roman de Sandrine Goeyvaerts apporte une réponse aussi dérangeante que radicale: une cabale. Au cœur de ce polar féministe, une alliance clandestine de cinq femmes décide de reprendre le pouvoir là où le système a failli. Entre la Belgique, la France et la Suisse, elles élaborent leurs propres règles et traquent les auteurs de violences sexistes et sexuelles. Leur objectif: punir, dissuader et empêcher que cela se reproduise, jusqu’à ce qu’une policière menace cet équilibre fragile.
Par son écriture à la fois accessible et profondément percutante, l’autrice refuse le silence. Elle nomme, expose, dénonce. Elle donne une voix à celles qui n’en ont pas et confronte le lecteur à une réalité brutale. Le ton, direct et sans concession, plonge immédiatement le lecteur dans une atmosphère tendue, où se mêlent sororité, colère et violence. Ce contraste constant entre solidarité féminine et noirceur des actes confère au récit une puissance singulière dont le message est clair: la peur doit changer de camp. Ce polar ne se contente pas de raconter une histoire, il rappelle également que, malgré les discours, l’égalité et la justice restent encore, pour beaucoup de femmes, des promesses inachevées.
Cette chronique a été écrite par une étudiante en Lettres de l’université de Genève, dans le cadre de l’atelier d’écriture animé par Marko Vuketic et Pierre Bellon.