Passer sa vie au fin fond de la campagne norvégienne pour soigner des animaux, cela peut paraître quelque peu maussade. Pourtant, c’est un récit profondément humain et vivant qu’offre Rune Christiansen avec La solitude selon Lydia Erneman, lauréat du prix Brage (équivalent norvégien du Goncourt). Le romancier raconte l’histoire de Lydia, qui quitte sa maison natale en Suède pour travailler comme vétérinaire en Norvège. Au fil de chapitres courts, semblables à des poèmes chantant le monde rural, le roman explore la vie d’une femme amoureuse des animaux, ainsi que son tiraillement entre son désir de solitude et la volonté de s’épanouir en couple.
La lecture fait ici ressentir le silence du Grand Nord, notamment grâce à l’absence quasi totale de dialogues. Les chapitres se lisent facilement et, grâce à une prose poétique sans artifices, ils transmettent la simplicité et le bonheur du quotidien de Lydia. Le roman n’est pas mièvre pour autant et aborde d’autres thèmes plus sérieux, outre la solitude, comme l’équilibre entre travail et temps libre.
Les citations d’autres œuvres littéraires et théâtrales européennes (Perec, Tchékhov ainsi que certains poètes scandinaves) rappellent que malgré l’isolement du nord de la Norvège, ce dernier reste connecté au Vieux Continent. Ce roman offre une vision non idéalisée de la vie loin de la ville et invite poétiquement à remettre en question son rapport au couple, ses amis, sa famille, et surtout à soi-même.
Cette chronique a été écrite par un étudiant en Lettres de l’université de Genève, dans le cadre de l’atelier d’écriture animé par Marko Vuketic et Pierre Bellon.