Pour quelle raison Elon Musk séquestrerait-il dix-neuf enfants dans une école maternelle de Vernet-sur-Seine? C’est l’énigme qu’Émile Lazo, négociateur du GIGN, va devoir démêler dans une collision frontale avec l’absurde. Dans La confrontation, Clara Dupont-Monod déploie une triple tension: la survie des otages, l’identité mystérieuse de cette voix qui prétend être celle du milliardaire, et le diagnostic d’une époque malade que le ravisseur développe pour justifier son acte.
La prémisse est folle. Ce qui suit ne l’est pas. Entre servitude volontaire aux écrans et intelligence artificielle dévorant l’humain, les motivations de l’homme au bout du fil sonnent moins comme un délire que comme une vérité brutale. C’est là que la romancière frappe juste, en orchestrant une farce au sens médiéval du terme: une satire qui use de la fantaisie pour dire le présent plus crûment que le tragique. Elle en maîtrise le huis clos téléphonique où deux stratégies s’affrontent: la prise de parole calibrée de Lazo contre la rhétorique prophétique de son interlocuteur.
Si certaines envolées théoriques du forcené ralentissent parfois le rythme, elles servent un tour de force. En ancrant sa fiction dans une connaissance acérée du réel, mêlant psychologie humaine, phénomènes viraux et maîtrise parfaite de l’univers d’Elon Musk, Clara Dupont-Monod fabrique une vraisemblance si troublante que le doute s’installe et ne lâche plus le lecteur, tant sur le monde, sur l’identité de cette voix que sur la frontière entre réalité et simulacre. Rarement la fiction aura semblé si proche du réel.
Cette chronique a été écrite par une étudiante en Lettres de l’université de Genève, dans le cadre de l’atelier d’écriture animé par Marko Vuketic et Pierre Bellon.