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Argentine: «Face à la violence autoritaire, la résistance populaire»

Le cinquantenaire du coup d’Etat argentin est marqué par une rupture historique: entre révisionnisme et démantèlement social, Javier Milei brise le consensus sur la justice transitionnelle. Depuis la Suisse, une coalition d’acteurs de la solidarité internationale dénoncent cette offensive contre la mémoire et l’Etat de droit, appelant à une vigilance renouvelée face à la montée des extrêmes droites.
À Buenos Aires, des milliers de femmes ont manifesté le 9 mars contre l'austérité et le démantèlement des politiques de lutte contre les féminicides par le gouvernement de Javier Milei. JOSÉ CETTOUR
Déclaration

Il y a cinquante ans, le 24 mars 1976, les militaires argentins, avec le soutien des Etats-Unis et la complicité d’une partie de la classe politique, du grand patronat et de certains secteurs de l’Eglise catholique, ont perpétré un coup d’Etat civilo-militaire qui restera dans les annales de toute l’Amérique latine pour sa brutalité répressive. Ce coup d’Etat ouvrait un nouveau cycle de l’agression économique et sociale contre les secteurs majoritaires de la population. Il instaurait également le mécanisme pernicieux de l’endettement et de la dépendance, avec une augmentation illimitée de la dette extérieure.

Les sept années que dura cette dictature furent les plus brutales de l’histoire contemporaine de l’Argentine. Elles ont marqué l’imposition violente du terrorisme d’Etat, avec un bilan dramatique de 30’000 personnes disparues – dont 500 bébés enlevés à leurs parents disparus –, plus de 11’000 prisonniers politiques, des dizaines de milliers de personnes déplacées et de réfugiés à l’étranger.

Le régime dictatorial a cherché à anéantir toute une génération de jeunes gens engagés et solidaires qui voulaient rendre le monde plus juste. L’objectif a été seulement partiellement atteint: l’armée a échoué à vaincre la résistance populaire.
Pour faire face à la répression systématique et systémique, en prenant pour référence exemplaire les Mères et les Grands-mères de la place de Mai, un vaste mouvement social de défense des droits humains a vu le jour.

Affaiblis et toujours plus rejetés, après la guerre des Malouines où des centaines de jeunes ont perdu la vie, les militaires ont perdu de leur influence. En 1983, ils ont dû quitter le pouvoir.

L’engagement profond d’une grande partie de la société argentine pour la Mémoire, la Vérité et la Justice est le fil conducteur d’une lutte sans fin pour les droits humains. Entre 2006 et octobre 2025, près de 1200 militaires, civils et religieux ont été condamnés pour crimes contre l’humanité dans des tribunaux ordinaires. L’Argentine est devenue un exemple important dans le monde entier pour se souvenir du passé et empêcher que l’histoire soit oubliée ou niée.

Affrontant cet intense engagement du peuple avec la Mémoire, le président Javier Milei, qui gouverne depuis décembre 2023, cherche à imposer le négationnisme comme idéologie dominante et justifier les crimes de la dictature. L’Etat de droit, les diversités et la lutte des femmes pour l’égalité sont des concepts rejetés. Il ignore le changement climatique. Il ne reconnaît pas les organisations multilatérales internationales et leurs programmes, comme l’Agenda 2030 ou les Objectifs de développement durable, etc.

Le gouvernement argentin actuel mène une politique de démantèlement économique et social systématique. Au cours des deux dernières années, il a poussé plus de 20’000 entreprises à la faillite – dont la plupart comptaient moins de 500 employés – et supprimé près de 281’000 emplois, dont 90’000 dans des domaines sensibles de l’Etat tels que la recherche, la santé, l’éducation, les droits humains, l’aide sociale, etc. Près d’une centaine de grandes manifestations sociales ont été violemment réprimées – ce qui constitue l’autre pilier du projet de Milei – faisant au moins 2400 blessés parmi les manifestant·es et plus de 460 personnes arrêtées, selon les données dûment enregistrées.

Le négationnisme de Milei contre la vie, la planète, l’Etat de droit et même la démocratie le rapproche de l’extrême droite. Il s’inspire de Trump et de Netanyahou. Il entretient des liens étroits avec les dirigeants néofascistes européens. Ainsi, le projet de la droite radicale internationale se renforce. Cette droite promeut des idées culturelles, religieuses et politiques qui sont extrêmes, patriarcales et réactionnaires. L’objectif est de démanteler le système de protection sociale, les mesures de solidarité et de diversité, l’accueil des migrants ou encore le droit du peuple palestinien ainsi que de tous les peuples à décider de son avenir.

Cinquante ans après le coup d’Etat en Argentine, nous affirmons:

• Plus jamais de terrorisme d’Etat;
• Non au projet économique et social de Milei;
• Non au négationnisme, partout et sous toutes ses formes;
• Oui la solidarité internationale.

Le 24 mars 2026, depuis la Suisse, nous constatons que les diverses formes de résistance et de protestation en Argentine sont bien présentes. Nous nous engageons à nouveau pour une Argentine, une Amérique latine et un autre monde possible.

Collectif signataire: NUNCA MAS, ARGENTINOS PARA LA VICTORIA-SUIZA, ASOCIACION EL PERISCOPIO, JARDIN DES DISPARUS, LATINO LAB, AMIS

Avec l’adhésion des organisations suivantes:

ACAF – Assemblée de citoyens argentins en France,
Aipazcomun Suisse – Association internationale pour la paix en Colombie et dans le monde,
ALAM – Association latinoaméricaine de Meyrin,
AMCA – Associazione per l’aiuto medico al Centro America (ONG), solidarité médicale avec Amérique centrale et le Mexique, Tessin,
Asolatino, association de solidarité avec la Colombie, Berne,
Association des Chiliens résidant à Genève,
Association de solidarité Nicaragua-el Salvador, Genève,
Association Maurice Demierre, Bulle,
Associazione Italia-Nicaragua di Livorno, Italie,
CADTM Suisse – Comité pour l’abolition des dettes illégitimes,
CETIM, Genève,
Centrale sanitaire Suisse romande (CSSR),
Colectivo federal Intermesas de sitios de la Memoria,
Comité Mémoire et Justice de Genève,
Comunidad Bolivia Plurinacional.Ch,
Donde están? Où sont-ils?, Uruguay,
E-CHANGER, Suisse,
Groupe Nicaragua – Jumelage Delémont-La Trinidad, association de solidarité, Delémont,
Gruppo Insegnanti di geografia autorganizzati, Italie,
Jumelage Biel-Bienne-San Marcos, solidarité avec le Nicaragua, Bienne,
Les Vert-e-s suisses,
Lupi solidali, groupe solidaire d’Italiens, Berne,
MediCuba-Suiza, Suisse,
Novo Movimento, solidarité avec le Brésil, Winterthur et région,
Parti solidaritéS,
Jeunesse solidaire,
Parti socialiste genevois (PSG),
Parti ouvrier et populaire vaudois (POP-Vaud),
Parti suisse du travail (PST-POP),
Quinto Suyo Suiza Peru,
Red Whipalas/Whipalas Network,
Solifonds, organisme de solidarité syndical avec les mouvements sociaux en lutte, Zürich,
Syndicat SSP-VPOD Genève,
Syndicom, syndicat suisse des médias et de la communication,
Zentralamerika Sekretariat, solidarité avec l’Amérique centrale.

et l’appui des personnalités suivantes:

Alfonso Gomez, conseiller administratif vert en Ville de Genève,
Anne-Catherine Menétrey, ancienne députée et ancienne conseillère nationale verte (VD),
Antonio Hodgers, ancien conseiller d’Etat du canton de Genève, ancien conseiller national vert,
Bernard Borel, conseiller communal à Aigle et président de l’AVIVO Chablais,
Carlo Sommaruga, conseiller aux Etats socialiste (GE), président de la Commission de politique extérieure du Parlement suisse,
Cristina Kitsos, conseillère administrative socialiste en Ville de Genève,
Delphine Klopfenstein Broggini, conseillère nationale verte (GE),
Emmanuel Deonna, conseiller municipale socialiste (GE) et président de la commission Migration et Ge-nève internationale au Parti socialiste genevois,
Estela de Carlotto, présidente de Abuelas de Plaza de Mayo,
Franco Cavalli, ancien conseiller national socialiste (TI), ancien président de l’Union internationale contre le cancer,
Jean-Charles Rielle, député socialiste au Grand Conseil (GE), ancien conseiller national (GE),
Jean-Pierre Tombola, député socialiste au Grand Conseil (GE),
Joëlle Bertossa, conseillère administrative socialiste en Ville de Genève,
Laurence Fehlmann-Rielle, conseillère nationale socialiste (GE),
Lisa Mazzone, présidente des Vert-e-s suisses, ancienne conseillère aux Etats (GE),
Luc Recordon, ancien conseiller national vert et ancien conseiller aux Etats (VD),
Maria Adela Antokoletz, secrétaire exécutive de FEDEFAM (Federación latinoamericana de asociaciones de familiares de detenidos desaparecidos),
Marjorie de Chastonay, conseillère administrative verte en Ville de Genève,
Maryam Yunus Ebener, présidente des Verts-e-s genevois-e-s,
Pierre-Yves Maillard, ancien conseiller d’Etat socialiste du canton de Vaud, conseiller aux Etats et Prési-dent de l’Union syndicale suisse,
Rudi Berli, conseiller national vert (GE),
Sylvain Thévoz, député socialiste au Grand conseil (GE),
Taty Almeida, présidente de Madres de Plaza de Mayo,
Línea Fundadora,
Ueli Leuenberger, ancien conseiller national vert (GE), ancien président des Vert-e-s suisses,
Vania Alleva, syndicaliste.