Skip to content

Le Courrier L'essentiel, autrement

Je m'abonne

Le Grand Genève, la crise qui vient

Essoufflement économique, crise du logement, prévisions démographiques revues à la baisse… Après des décennies de croissance record, le Grand Genève vacille, analyse Jean-Louis Meynet. L’occasion, au moment des municipales françaises, de questionner le modèle du «toujours plus» et d’engager le débat autour d’une transition durable et un projet de société plus solidaire.
Agglomération transfrontalière

Le Grand Genève est il en train, lui aussi, de changer de monde? Sans aucun doute. Les élus locaux français, à l’approche des municipales, vont devoir réviser leurs prévisions et leurs tableaux de bord. Les inégalités flambent depuis une décennie, la crise du logement n’en finit pas, personne ne voit de politique résoudre l’insoluble. Le chômage pointe son nez à Genève, les frontalier·ères sont exposé·es et concerné·es par des ralentissements dans le tertiaire, l’industrie et la construction.

Le canton de Genève n’a pas de plan B en réserve pour faire face à la crise qui vient. La Suisse ne tranche pas sur sa relation à l’Europe. Le pays reste un refuge pour certains marchés – or, négoce, luxe. Les organisations internationales (ONU, OMS, CICR, OMC, HCR) regardent ailleurs sans assurance sur leur avenir, le CERN doit encore confirmer son destin. L’onde de choc de ce bouleversement international ne fait que débuter. Le Genevois français reste spectateur d’une dépendance accrue.

Dès lors, la prospective est à revoir. La croissance de la population du bassin genevois transfrontalier semble s’éloigner des sommets annoncés – jusqu’à 200’000 à 400’000 habitant·es de plus, selon les prévisions1>«Projections démographiques de l’espace transfrontalier genevois à l’horizon 2050», Observatoire statistique transfrontalier, mars 2023.. Après 50 ans de croissance débridée, un nouveau monde s’esquisse. Désormais, pour les communes françaises, c’est parfois moins de frontalier·ères, une rétrocession financière potentiellement en baisse (même si l’évolution franc suisse/euro masque ce fait), et peut-être aussi une envie de «faire société» plutôt que seulement occuper l’espace.

Cette crise qui vient est-elle l’opportunité de changer le modèle du Grand Genève? Ne soyons pas naïf, elle peut néanmoins offrir l’occasion de construire franchement mieux cette grande agglomération du «toujours plus». Les élus locaux français n’oseront pas se plaindre de la décélération en cours; leur responsabilité sera de saisir ce nouveau moment pour faire un Grand Genève autrement.

Les chantiers ne manquent pas: opérer une transition environnementale sur l’ensemble du territoire avec les habitant·es, et plus seulement dans les documents; stimuler l’activité économique dans le Genevois français (le projet du CERN peut être une opportunité au-delà du simple enjeu foncier); évidemment structurer le territoire urbain et suburbain en le qualifiant; porter un projet d’éducation pour tous; s’attaquer aux questions lancinantes du logement et de l’accès aux soins, etc. C’est le moment d’inventer une nouvelle coopération franco-genevoise.

Cette crise doit faire émerger un Genevois français intégré et organisé autour d’un projet, capable de coopérer, c’est-à-dire d’œuvrer librement dans un but de progrès. Ne rien entreprendre, ne rien proposer c’est «prendre une chambre au bord de l’abîme». Le territoire ne peut pas se résumer à l’addition de parkings P+R (certes indispensables); il demande surtout une projection et un récit aujourd’hui oubliés par les édiles. Il faudra y associer les habitant·es autrement que par de vaines consultations formelles. Les élections municipales de 2026 peuvent ouvrir les portes de ce nouveau Grand Genève!

Notes[+]

Jean-Louis Meynet pour «Le Cercle du Léman – le Grand Genève autrement», think tank du Grand Genève, St-Jean-de-Gonville (Ain).