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L’impasse d’une stratégie

David Prével estime que l’initiative «pour un fonds climat» ne va politiquement pas assez loin.
Votations

Les résultats du premier sondage RTS, parus vendredi dernier, confirment ce que tout le monde savait déjà: le 8 mars prochain, l’initiative «pour un fonds climat» va, à l’instar de l’ensemble des textes portés ces dernières années par le PS et les Vert·es sur le sujet, se prendre une claque monumentale, du fait de l’opposition frontale des milieux patronaux, de la presse bourgeoise et des partis de droite. Ces derniers auront d’ailleurs bien pris soin d’inscrire sur les brochures de votation l’habituelle et lapidaire sentence: «Le Conseil fédéral et le parlement estiment que l’initiative va trop loin.»

Or, le problème, avec cette initiative, c’est précisément qu’elle ne va pas assez loin. La crise écologique, rappelons-le, est le résultat d’une logique d’accumulation infinie du capital. Pour la résoudre, il faudrait mettre en place la planification écologique – et donc envisager la sortie du capitalisme. Bien sûr, on n’attend pas d’une initiative qu’elle fasse tout le chemin d’un coup, mais au moins qu’elle s’y engage fermement. Et donc qu’elle consacre à la transition écologique un peu plus que 0,5 à 1 % du PIB. Là, on croirait que les initiants tentent de traiter un cancer au Doliprane.

«Mais si nos propositions sont trop radicales on va perdre!» Sauf qu’on perd déjà, et largement, sur des propositions tiédasses. Alors, quitte à ce que les initiatives venant de la gauche soient balayées avec 60, 70 ou 80% de non, autant qu’elles cherchent sérieusement à régler les problèmes. Cela permettrait de faire réellement «avancer le débat», pour une fois.

Le problème, c’est que cela impliquerait, pour le PS et pour les Vert·es, d’abandonner la sacro-sainte «recherche du compromis» (dont on se demande bien à quoi elle aboutit, si ce n’est à ce que Jans et Baume-Schneider se taisent lorsque la Suisse soutient un génocide au nom de l’également sacro-sainte collégialité) et de se placer clairement dans l’opposition: bref, un changement de ligne, tant politique que stratégique. Ce à quoi ces deux partis ne sont manifestement pas prêts. C’est dommage, on en aurait bien besoin – surtout en ce moment.

David Prével, Cologny (GE)