A Genève, l’argent a montré son visage il y a peu, avec deux faces peu reluisantes d’une même médaille. Côté pile, plus de 100 personnes sont expulsées de leur logement au boulevard Carl-Vogt, dans le quartier de la Jonction. Certain·es locataires installé·es depuis plus de quarante ans doivent quitter leur appartement d’ici quelques semaines, sans solution de relogement (RTS, 17.01). Côté face, dans la commune de Cologny, au bord du Léman, un riche banquier détruit une maison historique ayant appartenu… à Gustave Ador, au mépris des règles de protection du patrimoine. Vu l’étendue des dégâts, le canton a décidé d’interrompre net le chantier (TdG, 24.01).
Deux réalités, une même tendance: l’argent et son pouvoir. Celui de congédier des habitant·es au prétexte de rénovation énergétique, la régie ayant déjà remis sur le marché plusieurs appartements. Celui de s’asseoir sur les règles de construction, la protection du patrimoine et d’effacer l’histoire.
En Suisse, 16% des personnes sont touchées ou menacées par la pauvreté. Certaines familles gagnent à peine 4000 francs par mois, d’autres ne pourront faire face à un imprévu (accident, maladie, grosse dépense). Qu’est-ce qui affecte en premier le porte-monnaie de ces ménages? Le loyer et les primes maladie. Le directeur de Caritas, Peter Lack, avertit: «La pauvreté est devenue chronique en Suisse. Elle met en danger le modèle à succès helvétique» (Le Temps, 18.01). Heureusement, l’Asloca veille au grain en accompagnant les locataires des 107 appartements concernés, menacé·es de se retrouver dans un marché de l’immobilier devenu inabordable pour beaucoup. Face à la mobilisation et à l’indignation, le conseiller d’Etat chargé du Territoire, Nicolas Walder, a finalement annoncé qu’aucune autorisation de travaux ne sera délivrée sans solution de relogement décente. Une mesure forte, à saluer.
A Cologny, un banquier a voulu transformer sa propriété au mépris de l’histoire, du patrimoine et de l’héritage de Gustave Ador. Les atteintes sont graves: intérieurs détruits, murs anciens remplacés par du béton, parc éventré pour accueillir 18 voitures, mur historique démantelé. Avec la CMNS [Commission des monuments, de la nature et des sites], l’Etat avait exigé plusieurs garanties pour protéger ce site tout en permettant au propriétaire d’agrandir sa maison et s’offrir un spa et piscine de 850m2. En plus du patrimoine, ce sont les règles qui ont été violées. Et l’on peut saluer l’intervention forte du Département du territoire, qui a stoppé les travaux.
Dans un cas comme dans l’autre, il est du rôle de l’Etat de rappeler la loi, de protéger les plus vulnérables et surtout, surtout, de rappeler que l’argent ne permet pas tout.