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Révolte héroïque

Manifestation contre le gouvernement iranien, Téhéran, 8 janvier 2026. KEYSTONE
Iran

On ne peut maintenir indéfiniment un peuple sous le joug. Les Iraniennes et les Iraniens nous le rappellent une nouvelle fois dans les rues depuis deux semaines. La chute du sanguinaire Assad dans la voisine Syrie il y a un an, après plus de cinquante ans de règne de son clan, a pu leur donner un peu d’espoir. Leur courage est à la hauteur du prix à payer: plusieurs milliers de personnes ont été assassinées par le régime militaro-religieux des mollahs en quelques jours à Téhéran et dans d’autres villes du pays. Une répression effroyable, qui n’a pour l’heure pas arrêté un mouvement forçant l’admiration.

Il s’agit d’une des plus grandes mobilisations contre le pouvoir théocratique depuis son avènement en 1979. Mais clairement pas la première: en 2019, après maintes autres rébellions, les banlieues populaires s’étaient insurgées contre la hausse du prix de l’essence. En 2022, les femmes s’étaient une nouvelle fois levées pour leurs droits. A chaque fois, le gouvernement a réagi avec une extrême brutalité, laissant des centaines de mort·es et incarcérant des milliers d’opposant·es.

Aujourd’hui, observe Clément Therme, spécialiste de l’Iran, «ce mouvement est différent parce qu’il fait la synthèse de tous les précédents: les révoltes économiques, les révoltes pour l’égalité femmes-hommes, les révoltes des étudiants, etc.». La question économique est, cette fois aussi, au cœur des revendications. Les dignitaires religieux et les gardiens de la révolution ont accaparé les richesses du pays et favorisé une économie néolibérale profitant à une infime minorité.

Le débouché politique de l’insurrection n’est cependant pas clair, l’opposition étant atomisée. Les citoyen·nes semblent pris·es en étau entre le régime des mollahs d’un côté et l’axe impérialiste israélo-étasunien de l’autre. Ce dernier soutient Reza Pahlavi, le fils en exil de l’ancien roi, le Shah, criminel lui aussi, chassé du pouvoir en 1979 par la Révolution islamique. L’interventionnisme de la première puissance mondiale est ancien en Iran: on se rappelle comment la CIA, en 1953, a appuyé le coup d’Etat contre le gouvernement élu de Mossadegh qui avait osé nationaliser le pétrole. L’or noir avait alors été mis sous tutelle coloniale par Washington et le Shah.

Donald Trump joue aujourd’hui un double jeu, afin de servir ses intérêts impériaux et son propre agenda. S’il intervient militairement, il pourrait même s’entendre avec une frange accommodante du régime autocratique pour, comme au Venezuela et ailleurs, faire à nouveau main basse sur le brut. Les Iranien·nes savent qu’il est illusoire de compter sur les Etats-Unis pour se libérer. C’est d’un véritable soutien, populaire, dont ont besoin les révolté·es, ainsi que d’une action diplomatique internationale déterminée.

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