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Les ingérences américaines marcheront-elles sur la Suisse?

La Suisse doit renforcer son ancrage européen afin de résister à la «stratégie d’asservissement» trumpienne, estime Matteo Gorgoni.
Suisse-UE 

En intervenant au Venezuela, les Etats-Unis ont franchi plus que des frontières géographiques. Ils ont dépassé une ligne doctrinale qui les identifie nouvellement comme une des principales forces d’ingérence mondiales.

Cela doit-il nous surprendre? Aucunement. L’intervention était pressentie. Théorisée même, dans la Stratégie de sécurité nationale publiée en novembre dernier par laquelle la Maison Blanche se réapproprie une politique colonisatrice propre à la doctrine Monroe.

Après le Venezuela, d’autres pays sont désormais exposés aux velléités impérialistes américaines, y compris le Groenland, lequel relève de la sphère de souveraineté européenne, avec des conséquences potentiellement majeures pour l’OTAN et les liens transatlantiques.

Donald Trump fait certainement un usage stratégique d’une communication hyperbolique et inconstante. Cela pour ne laisser transparaître aucune intention, rien qui ne puisse être anticipé. Mais les événements en cours sont le témoignage flagrant d’une donnée essentielle: le chef MAGA passe également aux actes.

Face à ce risque, l’Europe doit se préparer. L’heure est désormais à dépasser un statu quo intenable. Fédérer l’Union, réaliser l’Europe-puissance, pour se donner les moyens de l’indépendance, de l’autonomie et de la sécurité. L’Europe, débordée d’adversaires aussi bien à l’Est qu’à l’Ouest, doit désormais devenir adulte.

Pour comprendre en quoi cela concerne également la Suisse, il suffit de lire la section «Europe» du document précité. Trois pages de théories fumeuses et quasi complotistes, d’arguments infondés et d’hypocrisies. La finalité est toutefois claire: justifier les pires ingérences américaines en Europe, au nom d’une totale vassalisation du ­continent.

Divide et impera. Telle est la stratégie d’asservissement voulue par Trump. D’ailleurs celui-ci ne s’en cache pas, comme de son intention de soutenir activement les partis d’extrême droite en Europe. Pour fragmenter l’ordre libéral, démanteler l’Union, déposséder les Européens de leur potentiel d’influence et constituer un réseau de gouvernements assujettis aux intérêts de Washington.

Il serait temps que la Suisse s’interroge sur cette menace, tant il est vrai que Donald Trump se réfère à l’Europe, que la Suisse est européenne, et que nous avons dans le pays une force de droite radicale aux relents philo-trumpiens évidents.

Cette perspective est-elle acceptable ou doit-on redoubler de vigilance? L’année qui s’ouvre annonce déjà d’importants rendez-vous électoraux, déterminants aussi bien pour l’arrimage européen de la Suisse que pour sa capitulation aux exigences américaines dans un contexte de tensions commerciales. Il nous faut assurer l’intégrité des processus démocratiques, y compris en vue des prochaines élections fédérales et du référendum crucial sur les Bilatérales III.
Se pose finalement la question de savoir si l’isolement relatif de la Suisse sert véritablement son intérêt. Notre statut de neutralité ne semble plus émouvoir les puissances étrangères. Saurons-nous, cette fois-ci, faire face aux vents nouveaux de l’histoire? Un effritement graduel de nos relations bilatérales entraînerait des coûts mirobolants. Nous payons également plus cher que l’UE le prix d’une gifle tarifaire à peine plus tendre. Nous sommes plus vulnérables que les Européens.
A se demander si nous ne serions pas mieux lotis auprès d’eux.

Matteo Gorgoni est consultant en affaires européennes à Bruxelles.