Elle s’appelait Renee Nicole Good, était âgée de 37 ans, mère de trois enfants et poétesse. Mercredi, elle a été abattue à Minneapolis dans l’Etat du Minnesota par un agent d’ICE, cette garde prétorienne que Donald Trump a lâchée sur les immigrants, légaux ou non. Le tout à quelques pâtés de maisons d’où avait été tué George Floyd, étouffé par le genou d’un agent de police en 2020. Ce qui avait provoqué un mouvement de protestation massif et le lancement de Black Lives Matter.
Le moulin à mensonge de la clique trumpienne s’est immédiatement mis en marche. Par le président lui-même, le vice-président et la secrétaire d’Etat à l’intérieur. La malheureuse victime a même été accusée de «terrorisme intérieur», en dehors de toute enquête!
Mais le storytelling est tombé sur un os: la scène a été filmée sous plusieurs angles. Les propos dédouanant le tireur ont été qualifiés en des termes très crus de bullshit par le maire de Minneapolis, Jacob Frey, qui a exigé que ICE «foute le camp» de Minneapolis. Plus policé mais tout aussi ferme, le gouverneur du Minnesota, Tim Waltz, a dénoncé «la machine à propagande». Il a même ordonné à la Garde nationale de son Etat de se préparer. Ce qui donne à ce drame un petit air de guerre civile en préparation.
La dérive antidémocratique, autocratique et même dictatoriale de Donald Trump perce de plus en plus sous le côté bouffon, ubuesque, du personnage. Attaque du Venezuela en violation du droit international et enlèvement de son président, menace sur le Groenland pourtant théoriquement protégé au sein de l’OTAN et, mercredi, sortie intempestive – et probablement illégale, la décision étant du ressort du Congrès et non du président orange – de la Convention de l’ONU sur le climat.
Ce délire de puissance ne semble connaître aucun frein. A l’interne, les institutions fléchissent. Le fameux check and balance a du plomb dans l’aile. Les laquais que Donald Trump a placés à des postes-clés, notamment à la Cour suprême, ne disent pas le droit mais servent les intérêts de leur maître. A l’externe, aussi, l’Europe semble tétanisée. Le César de la Maison Blanche interdit de séjour cinq personnalités européennes, dont l’ancien commissaire européen Thierry Breton, coupables de vouloir réguler l’économie numérique de son ami Elon Musk; on attend encore la riposte de Bruxelles.
Tant que je gagne, je joue, dit l’adage. Mais cette fuite en avant est dangereuse – pourquoi la Chine ne pourrait-elle pas envahir Taiwan, vu les méthodes étasuniennes? Ou la Russie l’Ukraine? Elle ouvre la porte à tous les dangers, notamment du fait du surarmement nucléaire. Le risque d’embrasement est au-dessus des moyens de l’humanité. Il suppose des réactions à la hauteur des enjeux. Pour l’heure, on les attend encore…