Le jugement prononcé lundi contre Marine Le Pen, figure de proue du Rassemblement national –cinq ans d’inéligibilité, quatre ans de prison, dont deux fermes sous bracelet électronique– a provoqué une onde de choc en France. Et libéré une parole qu’on peut au mieux qualifier d’inquiétante.
La peine peut paraître sévère, mais elle est à la hauteur du délit commis. Dans cette affaire des assistant·es parlementaires, ce sont 4,1 millions de francs publics qui ont été détournés au profit d’une politique de copinage et de financement occulte du parti d’extrême droite. Que les porte-flingues de l’ex-Front national se lâchent sur les plateaux de TV peut encore être considéré comme faisant partie du jeu. On peut toutefois sourire lorsque remontent à la surface toutes les prises de parole de l’intéressée dans un passé parfois récent et où elle se montrait intransigeante, réclamant une inéligibilité à vie pour les personnes prises le doigt dans le pot de confiture.
La torridité du moment n’excuse toutefois pas certains dérapages verbaux qui montrent la véritable nature de l’extrême droite française. Cette dernière a montré son mufle hideux de parti en délicatesse avec l’Etat de droit et la séparation des pouvoirs en se prenant en des termes populistes à la «tyrannie de juges». La présidente du tribunal correctionnel ayant prononcé la peine a dû être mise sous protection policière! Devant le tollé orchestré, des petites concessions ont été faites. Le recours sera tranché en 2026, avant la présidentielle de l’année suivante. S’il confirme la décision de lundi, cela ne changera rien à la reconfiguration du microcosme présidentiel français; en revanche, si la justice, par gain de paix, décide de lâcher la bride à Mme Le Pen, il y a aura de quoi s’inquiéter.
Car, au-delà de la course à l’échalote que représente la très personnalisée présidentielle française, c’est la solidité des institutions démocratiques qui est testée. En France. Mais ailleurs aussi. Songeons à la bienveillance de la conseillère fédérale Karine Keller-Sutter face aux outrances populistes du vice-président étasunien JD Vance.
De fait, Donald Trump et Vladimir Poutine, suivi de la toute la fachosphère – Viktor Orbán, Matteo Salvini, Geert Wilders ou Jair Bolsonaro – ont tous volé au secours de Marine Le Pen. Les grands esprits se rencontrent. Mais, bonne nouvelle, le check and balance cher aux Etats-Unis semble tenir, pour l’heure. Et, hier, les Républicains ont essuyé leur première défaite: l’élection d’une juge à la cour suprême du Wisconsin a été remportée par une démocrate, nonobstant le soutien tonitruant d’Elon Musk et Donald Trump. A voir si les institutions montreront la même résilience en France.