Dégradation du climat, guerre en Ukraine, génocide des palestinien.enne.s.x, élection de Trump. Longue liste qui n’est malheureusement pas exhaustive. Succession d’événements créant un sentiment d’accélération allant dans le sens d’une destruction globale. Véritable hybris d’un ultralibéralisme sans aucune conscience. Déni dans lequel se complaisent les mouvements d’extrême droite, gonflés d’orgueil et qui montent en puissance partout dans le monde. Une hybris qui ne peut qu’accélérer le déclin: mort des forêts, des cours d’eaux, des espèces animales et végétales. Mais faut-il être aveugle, fou pour penser que l’être humain sera épargné? Ou peut-être est-ce le résultat de cet orgueil qui n’est plus contenu, plus retenu, plus contrôlé.
La montée de l’extrême droite remet en question des droits acquis après de longues luttes. Les femmes, les trans, tout ce qui touche aux minorités LGBTIQ+, mais à terme d’autres catégories, comme les personnes âgées, malades, handicapées, sont concernées.
On assiste à une inversion des valeurs: les mouvements de défense des droits des minorités deviennent ceux par qui le mal arrive. L’idéologie, qui rend la pensée stérile, se trouverait du côté de ceux et celles qui la combattent. La raison semble ne plus être à la bonne place, ne plus trouver sa place. Les repères de ce qui libère ou oppresse deviennent diffus. Les conditions de recherche de la vérité se dérobent. Le sol se dérobe chaque jour un peu plus sous des valeurs qui m’ont si longtemps aidée à m’orienter, me guider. Tout contribue à rendre l’horizon flou, un horizon dans lequel les responsabilités sont diffuses, où règne un relativisme pouvant être funeste, voire létal.
Rien d’étonnant dès lors que la violence et l’agressivité affleurent de plus en plus souvent. Par-delà la peur, ce que je sens, c’est une forme d’isolement, de distance qui s’apparente à un sentiment de malaise, ce que Freud définit comme «das Unheimliche», l’inquiétante étrangeté. Le contraire de ce qui est familier, lorsqu’on se sent «chez soi». Quand on se sent en terre hospitalière, on est en mesure de se connecter à notre part de rêve, de créativité, de vie. Mais lorsque le familier est débordé par l’étrangeté, c’est le risque du repli sur soi, de la peur, voire l’angoisse. Le contraire de ce qui caractérise le vivant. La possibilité d’autodermination est menacée, les conditions d’existence de la démocratie sont en jeu (cf. Judith Butler, Qui a peur du genre?): doit-on assister impuissant.e.x à cette débâcle?
Je veux faire entendre ma voix mais ne sais comment agir tant la violence de l’attaque me met face à un sentiment d’impuissance. Alors je cherche des mots et des formes pour faire entendre cette voix qui parle de la vulnérabilité, une vulnérabilité inhérente à la vie même. Alors, cette vulnérabilité n’est pas faiblesse mais force de vie.
Il devient nécessaire de croire dans la légitimité d’inventer des moyens pour faire entendre nos voix qui clament que nos droits valent plus que l’économie. Je ne veux pas rester bouche bée et suis convaincue que chaque voix porte, importe. Nos souffles valent plus que leurs discours mortifères, même quand ces discours donnent la gueule de bois. Je refuse de me laisser enfermer dans une prison qui n’est finalement qu’illusion car la vie est ailleurs. Elle est en chacun.e.x de nous, chevillée à nos corps, nos cœurs.
«Divine Anarchie, adorable Anarchie, tu n’es pas un système, un parti, une référence, mais un état d’âme. Tu es la seule invention de l’homme, et sa solitude, et ce qui lui reste de liberté. Tu es l’avoine du poète.» Leo Ferré
Francine Novel,
Genève