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Empereur nu

Trump applique une logique de businessman: il négocie les zones d’influence en fonction des rapports de force. KEYSTONE photo-prétexte
Ukraine

Pour aller mieux, il faut parfois aller pire. Et si l’humiliation infligée ce week-end au président ukrainien, Volodymyr Zelensky, par son homologue étasunien, Donald Trump, peut servir à dissiper certains malentendus, alors c’est un pas dans la bonne direction. Que pouvait-on réellement espérer d’un pays qui, depuis près de deux siècles, manœuvre en puissance impériale? La presse bourgeoise s’était peut-être trop accoutumée à un Obama ou un Biden alimentant des guerres d’expansion porteuses de «démocratie», le tout avec une veste de costume jetée négligemment sur l’épaule. Trump, lui, ne s’embarrasse pas des oripeaux du droit international ni d’un progressisme de façade. Mais le processus est le même: les gouvernements américains défendent les intérêts du capital américain, quoi qu’il en coûte. A cette fin, les différents Etats ukrainiens – autant que libyens, irakiens, afghans ou sud-américains avant eux – ont toujours été ballottés, soumis, instrumentalisés. L’impérialisme n’a pas de morale. Il n’a que des intérêts. Zelensky et la plupart des observateurs politiques s’en sont amèrement rendu compte ce week-end.

A cela s’ajoute un deuxième malentendu, celui selon lequel Trump, en lâchant l’Ukraine, se serait aplati devant Vladimir Poutine. Ce serait oublier que le nouvel occupant de la Maison-Blanche est un homme d’affaires avant tout: il ne veut pas s’embourber davantage dans une guerre par procuration, préférant rentabiliser la puissance américaine plutôt que la dilapider sur le front. Trump applique une logique de businessman: il négocie les zones d’influence en fonction des rapports de force, espérant au passage affaiblir les liens entre la Russie et la Chine – cette Chine qui menace aujourd’hui la suprématie technologique des Etats-Unis comme aucun rival auparavant.

Enfin, il subsiste depuis cette grotesque séquence médiatique du week-end une encore plus aberrante vue de l’esprit: celle qui veut que l’Europe se réarme massivement face à la nouvelle donne mondiale. Une question se pose d’emblée: dans un climat d’extrême droitisation galopante des forces politiques, peut-on vraiment prendre le risque de livrer des arsenaux décuplés aux prochains gouvernements du Vieux-Continent?

Plus que jamais, il semble illusoire de compter sur nos Etats respectifs pour nous sortir de la panade. Car si le gouvernement américain défend bec et ongles ses capitaux plutôt que ses citoyens, les autres ne font guère mieux. Face à cette brutalité persistante du jeu impérialiste, la voie de l’émancipation des peuples par eux-mêmes est la seule qui tienne encore la route.