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Parents cherchent sages-femmes!

Créée il y a plus de vingt-cinq ans par un collectif de parents, l’association Bien Naître propose un suivi global et personnalisé de la maternité – grossesse, accouchement en milieu hospitalier, post-partum – par une même sage-femme. Dans un petit livre consacré à son histoire publié à l’automne dernier, l’association expose les défis passés et présents pour assurer sa pérennité. Qui passe notamment par davantage de sages-femmes indépendantes agréées par les HUG.
Genève

Quoi de plus normal qu’une future mère soit suivie par une seule et même professionnelle de la maternité? Depuis 1998, l’association Bien Naître, à Genève, propose aux futurs parents un suivi de la grossesse, de l’accouchement et du post-partum par une seule et même sage-femme. L’Arcade sages-femmes, qui a participé à la mise en place de cette prestation, a fourni jusqu’à présent les sages-femmes pour la réaliser. Concrètement, les consultations de grossesse ont lieu dans les locaux de l’Arcade, puis l’accouchement se déroule à la Maternité des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG) – toujours avec la même sage-femme. Quant aux visites post-partum, elles se passent à domicile. Le tout est couvert par l’assurance-maladie et toute femme ne présentant pas de risque particulier peut bénéficier de cette prise en charge.

Malgré cette ouverture, rares sont les femmes qui connaissent cette possibilité ou qui y font appel. Par ailleurs, les sages-femmes agréées aux HUG pour la prestation Bien Naître étant peu nombreuses – deux actuellement –, elles ne peuvent accepter toutes les candidates. En 2004, six sages-femmes agréées prenaient en charge 73 futures mères; en 2022, elles étaient deux pour accompagner 33 femmes.

L’histoire de Bien Naître remonte à 1998. La création de l’association est le fruit de démarches effectuées auprès de la Maternité par un groupe de jeunes parents, accompagnés de quelques sages-femmes, désireux de bénéficier d’un suivi global de la grossesse et de l’accouchement limitant la médicalisation au maximum et couvert par l’assurance de base. Pendant plusieurs années, cet accompagnement dans la grande Maternité genevoise s’est déroulé plutôt sereinement. Mais, dès 2005, quelques anicroches se sont fait jour entre la direction de la Maternité et l’association, tant autour des contrats des sages-femmes agréées que de l’aménagement de nouvelles salles d’accouchement.

En 2015, la Tribune de Genève titre: «Les HUG ne veulent plus de sages-femmes indépendantes»! Est-ce la fin de Bien Naître? Les sages-femmes agréées apprennent par voie de presse les menaces qui pèsent sur leur statut hospitalier1>Lire aussi à ce sujet: lecourrier.ch/2015/02/15/le-suivi-global-des-femmes-enceintes-est-menace. Les réactions des parents ne se font pas attendre: réunions, motions, pétitions se succèdent. Le Département cantonal de la santé d’alors, sous la houlette de Mauro Poggia, demande qu’un projet pilote soit élaboré – après dix-neuf ans d’activité! – pour évaluer l’intérêt de l’alternative Bien Naître. Il se déroulera entre 2018 et 2020 et conclura à la poursuite de la prestation.

En septembre dernier, Bien Naître et l’Arcade sages-femmes ont publié un petit livre2>L’association «Bien Naître» à Genève – Parents cherche sages-femmes, Association et sages-femmes Bien Naître, septembre 2024. Disponible à l’Arcade sages-femmes, 85, bd Carl-Vogt. Voir aussi le film Sages femmes (2007) sur arcade-sages-femmes.ch/bien-naitre qui retrace l’histoire de l’association. Elle montre qu’en Suisse, quand un groupe de personnes se mobilise, il peut parfois obtenir ce qu’il veut. Ensuite, il doit veiller au grain. C’est ce qu’a fait l’association Bien Naître dès 2015, en se mobilisant pour conserver le suivi global de la maternité.

L’«hiver démographique» a sonné dans presque tous les pays du monde, comme l’atteste David Duhamel dans son ouvrage Un monde sans enfants (2024). Les parents font moins d’enfants, en Suisse comme ailleurs. Les sages-femmes les considèrent plus exigeants. La proposition Bien Naître pourrait leur convenir. Encore faut-il trouver les sages-femmes prêtes à les accompagner. Pour cela, la situation de ces dernières est à revoir. Car, si les parents ont changé, les sages-femmes aussi: elles veulent moins de sacrifice et plus de temps pour elles.

Un suivi global de la maternité est devenu possible en Suisse. Il est présent aujourd’hui dans 39 hôpitaux, dont seulement 5 en Suisse romande. C’est le moment d’élargir l’alternative Bien Naître et d’avoir davantage de sages-femmes agréées à la Maternité des HUG.

Notes[+]

Viviane Luisier est une ancienne membre de l’Arcade sages-femmes et de l’association Bien Naître.