On nous écrit

Un projet de loi qui nie le père

Christian Chatelain réagit à notre éditorial du week-end dernier.
Mariage civil pour tous

A la lecture de l’éditorial de M. Philippe Bach du 17 septembre, je trouve particulièrement navrant que, vis-à-vis du «Mariage pour tous», la moindre pensée critique soit inévitablement classée «extrême droite UDC ou évangéliste intégriste», dans cette approche du «politiquement correct» qui élimine tout débat critique et que je trouve plutôt indigne de la ligne de votre journal.

Face à un thème aussi crucial que celui du mariage, de la famille et de la naissance d’un enfant, il est nécessaire de pouvoir l’aborder d’une façon ouverte et approfondie, de cerner les enjeux amenés par les changements proposés. sans effectivement chercher à alimenter la peur, mais sans non plus tomber dans une approche à ce point partisane.

Pour ma part, j’aurais plutôt appelé cet édito «Zéro papa, deux mamans», tant la négation du père est au centre de ce nouveau projet de loi inscrit dans le code civil.

En effet, les mots «mari», «paternité» ont disparu, le père est transformé en «autre parent», et il est réduit, avec la reconnaissance de la PMA, au statut de «donneur de sperme». Et encore, s’il y avait vraiment donneur, il y aurait don, impliquant une relation humaine; mais là il n’y a personne, qu’une étiquette posée sur une éprouvette de sperme congelé.

Il n’est pas juste de dire que l’enfant peut connaître son géniteur biologique, car il ne pourra le faire qu’à l’âge adulte, après ses années d’enfance et d’adolescence passées en absence de toute référence à ce père. Et encore, il ne pourrait le rencontrer que si celui-ci le veut bien, s’il est localisable et s’il n’est pas déjà mort.

J’ai de la peine à comprendre comment les pères actuels et à venir peuvent approuver ce projet aussi facilement; quelle compréhension ont-ils de cette fonction paternelle, notamment dans ses dimensions symboliques, psychologiques, affectives, corporelles et sociales.

L’autre point particulièrement problématique de ce projet est évidemment la question de l’enfant, de ses droits et de sa protection. Comment peut-on prétendre aimer et protéger un enfant alors que, dès sa conception, on l’ampute de la moitié de son origine et de sa filiation. De quel droit le désir d’enfant d’une mère peut-il à ce point nier le lien avec le père, ce lien fusionnel et originel qui s’inscrit au cœur du mystère de la vie et de l’incroyable miracle de la naissance d’un enfant.

Il y aurait certes encore beaucoup à dire sur ce sujet, proposer peut-être une approche plus créative qui donne une place «aimée» à chaque personne impliquée dans la naissance d’un enfant, là où l’amour d’une mère peut inclure la reconnaissance réelle d’un père, même s’il ne s’inscrit pas dans la relation de couple qu’elle désire.

Dans votre journal qui se veut inclusif, qui met du féminin là où domine souvent le masculin, j’ai essayé, par ces quelques mots et pour une fois, de mettre un peu de masculin là où la naissance d’un enfant se nourrira toujours au sein du féminin.

Christian Chatelain.
Les Bayards (NE)

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