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Combattre la stigmatisation

Le collectif Sur un malentendu décortique la problématique du harcèlement en milieu scolaire dans un spectacle-conférence au Festival de la Cité, à Lausanne. Interview de l’Atelier critique.
Combattre la stigmatisation
Quatrième création du collectif Sur un malentendu, H.S. sera joué les 8 et 9 juillet au Festival de la Cité, à Lausanne. francesca palazzi
Festival 

Six enquêteurs·trices interviennent dans les collèges et les gymnases pour en savoir plus sur les violences en milieu scolaire. Ils et elles font partie du G.I.F.L.E, Groupe d’intervention fédérateur ludique et éducatif et se présentent comme tel·les. Le groupe d’artistes a étudié la problématique avec des professionnel·les – dont la chercheuse Caroline Dayer. Avec une grande acuité tout en conservant de la distance et en injectant une bonne dose d’humour, Emilie Blaser, Claire Deutsch, Cédric ­Djedje, Pierre-Antoine Dubey, Cédric ­Leproust et Nora Steinig présentent leur «conférence» au public entre gravité, rires et intelligence.

Le spectacle du collectif Sur un malentendu se joue dans les classes romandes, ainsi qu’au théâtre. Adaptée de la pièce H.S. Tragédies ordinaires de Yann Verburgh, H.S. peut s’entendre comme hors-service, hors-sujet, harcèlement scolaire, harcèlement sexuel ou haute surveillance. Le Courrier s’est glissé dans le public de la Comédie de Genève, à son ouverture en avril aux Eaux-Vives, après avoir présenté un ­extrait du spectacle dans ses pages «Inédits théâtre» l’été dernier. Cloé Bensai nous livre le fruit de son entretien avec des membres du collectif dans le cadre de l’Atelier critique de l’Unil dirigé par Lise Michel, dont nous vous proposons un extrait à l’occasion de leur tournée au Festival de la Cité, à Lausanne, les 8 et 9 juillet. Interview.

Pourquoi la forme théâtrale pour parler des violences scolaires?

Pierre-Antoine Dubey: On s’est rendu compte que le thème des violences en ­milieu scolaire était beaucoup débattu, mais toujours de manière très théorique. La forme théâtrale peut amener de la force aux témoignages, en provoquant l’empathie tout en montrant l’urgence de la situation. Il s’agissait aussi d’entrer en dialogue d’une autre manière avec les jeunes concernant ce thème qui les touche de près.

Des enfants victimes sont joué·es par des adultes – vous-mêmes. Devant les jeunes, pourquoi positionner des acteurs·trices adultes qui jouent des enfants? Qu’est-ce que cela implique en termes d’identification, ou au contraire, de distanciation?

Cédric Leproust: On reste sur une pièce de théâtre, qui est un objet artistique. Le fait de jouer des ados en tant qu’adultes leur permet de mettre de la distance. Les élèves projettent un regard différent sur leur situation et cela permet à l’effet cathartique du théâtre de jouer son rôle.

Via les personnages des parents, de la principale ou du prof raciste, on voit que les adultes ne sont pas toujours en mesure d’être proactifs pour le bien-être des jeunes. A un moment, en revanche, Pierre-Antoine Dubey répond «je ­comprends» au garçon invisible qui lui fait part de son angoisse, et se montre rassurant. ­Comment vouliez-vous ­représenter ces adultes?

PAD: Avec nos conseillers scientifiques, nous avons vu qu’il existe dans chaque établissement des structures dédiées à la lutte contre les violences, mises en place par des adultes de confiance qui favorisent le dialogue. Présenter les adultes comme indignes de confiance, c’était ­démonter le travail de ces personnes, le nier, ce qui allait à l’encontre de notre volonté.

Emilie Blaser: En travaillant avec PSPS du canton de Vaud (unité de promotion de la santé et de prévention en milieu scolaire), on s’est rendu compte que le projet devait également être préparé en tenant compte des destinataires professeurs.

Nora Steinig: Si le thème de la violence entre élèves est connu, celui de la ­violence entre profs ou bien de prof à élève est encore assez tu. C’était l’un des points forts de notre projet que d’aborder ces questions.

Vous semblez défendre la notion ­d’identité choisie, qu’elle soit générique, sexuelle, religieuse, esthétique. Qu’est-ce qui devrait changer dans la perception des gens sur la construction de leur ­identité? Comment le communiquez-vous sur scène?

EB: Le théâtre nous permet de combattre la stigmatisation: ne pas jouer les sexes ni les couleurs de peau est une manière de le faire. Pierre-Antoine (qui est blond, ndlr) joue un arabe, je joue un garçon, Cédric Djedje qui est noir de peau ne se retrouve pas dans le rôle du marginalisé, etc. Au lieu d’énoncer frontalement des principes d’ouverture, on les suggère par le jeu.

NS: Dans H.S., chacun de nous jouons des rôles différents et éloignés les uns des autres: parfois cibles, parfois bourreaux, parfois témoins, on navigue entre les positions, qui fluctuent comme dans la vraie vie. Caroline Dayer a porté à notre attention qu’une victime de violences en milieu scolaire a tendance à avoir du mal à se projeter dans un rôle différent. Sans forcer la projection, on voulait tout de même suggérer par le théâtre que ces positions ne sont pas inscrites dans le marbre.

Je 8 juillet 19h, et ve 9, 18h, Place Saint-Maur, Lausanne, Festival de la Cité, www.festivalcite.ch

> Lire l’intégralité de l’interview: bit.ly/3jnci66

> Lire notre page Inédit Théâtre du lundi 6 juillet 2020.