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Ces «petits pas» qui ne suffiront pas

Réponse inadaptée à l’urgence climatique ou petite avancée dans le bon sens? La loi sur le CO2 adoptée en septembre par les Chambres fédérales divise la gauche écologiste. Un militant de la Grève du climat donne son point de vue.
Ces «petits pas» qui ne suffiront pas
La loi sur le CO2, qui fait dissension à gauche, est également combattue par un référendum émanant des milieux écono-miques, qui la jugent «coûteuse et inefficace». KEYSTONE
Climat

La situation est simple: désormais objectivement engagé-e-s dans la catastrophe climatique, il est urgent de (ré)agir si nous désirons éviter l’emballement du système Terre et un cataclysme d’une ampleur sans précédent pour l’histoire humaine – et pas seulement. La planète «étuve» est désormais un scénario envisageable et vraisemblable.

<Lire aussi notre agora “Soutenir la loi CO2 malgré ses lacunes” et “Trop tard pour la politiques des petits pas”

La réponse à cette situation d’anomalie exceptionnelle est simple: une nouvelle révision de la loi sur le CO2 pour la période 2021-2030. Trois qualificatifs simples pour la caractériser: insuffisante, inefficace et injuste!
Alors, sous l’égide de l’urgence climatique, devrions-nous célébrer et soutenir l’habituelle torpeur qu’est le consensus helvétique – la politique du moindre mal – défendu par des parlementaires cyniques et hypocrites?

Certaines personnes affirment même: «La loi sur le CO2 est votre première victoire, comprenez que…». S’il s’agit d’une victoire, nous la refusons; s’il s’agit de notre histoire, nous la réécrivons par nos actions.
L’urgence est chronique et permanente. Nous le savons: nous devons agir. Aussi vite que possible… mais par quel(s) moyen(s)? Dans leur crispation ou paralysie, la seule solution des parlementaires est désormais univoque: le premier pas, la «politique des petits pas», une nouvelle forme de climato-scepticisme! Toutefois, au cœur de la tempête, il faut savoir garder sa lucidité, car un premier pas précipité dans la mauvaise direction fait qu’il n’y aura ni deuxième pas en avant ni de pas en arrière.

Voies alternatives

Par la Grève du climat, de nouvelles voix sont en train de construire des voies alternatives éclairées par les faits scientifiques et mues par un désir d’égalité, liberté et solidarité. Les pavés ont résonné. Les petits et grands pas ont déjà été nombreux. Vous en souvenez-vous? Mais quelles étaient les revendications de cette partie de la jeunesse mobilisée pour que les élites économiques et politiques ne leur emboîtent pas le pas?

En défendant, sans compromission, un bilan net d’émissions de gaz à effet de serre neutre d’ici à 2030 en se basant sur les niveaux de 2018, tout en prévoyant une baisse drastique et immédiate de nos émissions (-13% par an entre le 1er janvier 2020 et le 1er janvier 2024, puis d’au moins -8% par an jusqu’au 1er janvier 2030), la Grève du climat se fonde sur le budget carbone (420 gigatonnes de CO2 début 2018, à actualiser aujourd’hui) restant au niveau mondial pour avoir 67% de chances de ne pas dépasser une augmentation de 1,5° C, selon le rapport spécial du GIEC sur les conséquences d’un réchauffement planétaires de 1,5° C.

Par ailleurs, cet objectif de réduction doit également répondre au principe d’équité et justice climatique en suivant, de ce fait, le principe des «responsabilités communes mais différenciées» et des capacités respectives. Dit autrement, les responsables du dérèglement climatique doivent, d’une part, assumer financièrement et socialement leurs actes, d’autre part, viser à réduire les différentes inégalités sociales (de genre, intergénérationnelles, territoriales, etc.) et veiller à une meilleure répartition des richesses disponibles en Suisse et à l’international.

Pour la Suisse, de plus, cela implique de reconnaître sa responsabilité historique et actuelle dans les crises climatique, environnementales et sociales. Et si ces exigences ne peuvent être satisfaites dans le système actuel, un changement de système sera nécessaire pour surmonter cette catastrophe.
Cela est, aujourd’hui, une évidence.

Steven Tamburini est militant de la Grève du climat.
Pour signer le référendum:
www.ecologie-sociale.ch

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