Édito

Trou noir

Trou noir
Donald Trump. KEYSTONE
États-Unis

Trump ment. Trump est incontrôlable. Trump ne paie pas d’impôts. Trump… Depuis plus quatre ans, tel un trou noir, l’ancien animateur de télévision absorbe toute la lumière, au point d’être devenu le seul argument politique des deux grands partis historiques des Etats-Unis. Ame et hubris des républicains, ce qui est déjà regrettable, il est aussi l’obsession absolue des démocrates, ce qui est beaucoup plus grave. Ayant échoué – malgré tous ses efforts – à destituer Donald Trump, le parti à l’âne arrive au pied des urnes sans autre élan que la sortie du sortant. Avec un candidat, le sympathique «Uncle Joe», choisi sur mesure pour contrer l’inquiétant président. Encore lui. 

Mais qui est donc Joe Biden? A quoi ressemblerait une Amérique conduite par le débonnaire vétéran du Delaware? A cinq semaines du verdict des urnes et à l’orée du premier débat télévisé, Le Courrier s’est essayé à son portrait programmatique. Le résultat n’est guère enthousiasmant: une sorte d’hybride du couple Clinton, porté par le souvenir de sa vice-présidence de Barack Obama… Soit le duo à l’origine de la défaite de 2016, l’âge et la tendance aux gaffes en plus. 

Choisi il y a déjà douze ans pour accompagner la météorite Obama car il rassurait les vieux et les Blancs, «Uncle Joe» incarne le mirage de l’impossible retour en arrière. Les années d’or d’une Amérique engloutissant – entre softpower et interventions militaires, entre délocalisations et importations bon marché – le beurre et l’argent du beurre de la mondialisation ne reviendront pas. La facture est présentée: crise écologique, décrochage entre riches et pauvres, entre capital et travail, entre finance et Etats, déstabilisation de l’Est européen et du Moyen-Orient, montée en puissance de la Chine, enkystement du djihadisme… 

Spécialiste de politique étrangère, faucon démocrate depuis quatre décennies, comment Joe Biden pourrait-il incarner une nouvelle orientation? 

Et pourtant. Impossible de ne pas l’admettre: rien ne paraîtrait plus grave, au soir du 3 novembre, qu’un nouveau mandat remporté par Donald Trump! Encore plus désespérant que le premier, puisque octroyé en toute connaissance de cause. La certitude d’un multilatéralisme en crise, d’un droit international piétiné, d’une lutte climatique paralysée, d’un conservatisme décomplexé. Comment ne pas avouer l’espoir de voir l’égocentrisme, le cynisme et la bêtise bientôt punis par la majorité des Etasuniens. Irrésistiblement happé par le trou noir. Misère du commentaire politique.

Opinions International Édito Benito Perez États-Unis

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