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«Notre guerre contre la nature doit cesser»

Leïla El-Wakil s’adresse au Secrétaire général de l’ONU à propos du domaine des Feuillantines à Genève.
Environnement

Monsieur le Secrétaire général,

C’est avec tristesse et désarroi que nous avons appris en 2016 la destruction programmée de la maison de maître Les Feuillantines, ainsi que l’abattage d’une grande partie de son parc arboré pour faire place à la construction de la nouvelle «Cité de la Musique». Ce domaine, qui a abrité le séjour d’éminentes personnalités, se trouve aujourd’hui faire partie des terrains mis à la disposition de l’ONU, de même que les terrains situés en face de l’avenue de la Paix sur lesquels se trouve le Palais des Nations. C’est le cas d’autres domaines genevois anciens et mémorables que sont la Fenêtre (1820-1830), propriété de Jean-Jacques de Sellon, fondateur de la première société de la Paix, le Bocage (1823-1824), autrefois séjour de la duchesse de Clermont-Tonnerre, dont les intérieurs sont ornés d’admirables peintures à la fresque, notamment une Psyché endormie au plafond du salon ovale, véritable joyau artistique pour Genève, et la Pelouse, construite par l’architecte Alexandre Adrien Krieg pour la famille Duval-Plantamour (1853).

Vous n’êtes pas sans savoir, Monsieur le Secrétaire général, que la construction du Palais des Nations (1929-1937) sur les terres de Varembé a entraîné l’aliénation de l’exceptionnelle propriété léguée par l’illustre mécène qu’était Gustave Revilliod. Les conditions du legs Revilliod stipulaient pourtant que le musée et le parc devaient conserver à perpétuité leur usage public «sans que cette destination ne puisse jamais dans son tout ni dans ses parties être détournée ni changée». Ce sacrifice majeur a permis au Palais des Nations d’être inauguré à Genève à la fin des années 1930.

Votre discours d’ouverture de la COP 25 à Madrid a été percutant et vous y avez dénoncé la crise climatique globale à laquelle l’humanité est confrontée. Nous applaudissons aux phrases que vous avez prononcées et particulièrement à celle-ci: «Notre guerre contre la nature doit cesser. Et nous savons que c’est possible.» Comment dès lors justifier à Genève, dans les circonstances environnementales actuelles, la mise à mort du domaine Les Feuillantines, acte qui mettra l’ONU en porte-à-faux avec les principes qu’elle prêche au monde?

Monsieur le Secrétaire général, il vous appartient d’indiquer dans quelle direction se situe le progrès! Nous nous en remettons à votre perspicacité et vous adressons l’expression de nos salutations distinguées.

Mme Leïla El-Wakil,
pour SOS patrimoine, contre l’enlaidissement de Genève

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