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Révolution verte à Sydney

L’ONU va remobiliser les troupes, dès lundi à New York, contre le réchauffement. Face à des Etats à la traîne, les villes prennent le relais. Ainsi, à Sydney, la maire a la fibre écologique.
Révolution verte à Sydney
La végétation est luxuriante à Sydney, à l'image des deux tours de One Central Park. TJ
Australie

Est-ce l’effet boomerang de l’histoire australienne? La nature reprend ses droits à Sydney, 250 ans après avoir été colonisée par les Britanniques. Dans la plus ancienne ville d’Australie, la végétation grimpe le long des immeubles, court sur les toits, glisse le long des terrasses et s’étale dans les innombrables parcs. Béton et verdure se fondent dans le décor de la baie.

Jeunesse mobilisée en masse

Plus d’hésitations, des actions! Du Pacifique à l’Arctique, de Tokyo à New York, des foules immenses de jeunes ont rejoint vendredi la «grève mondiale pour le climat», afin d’exiger des générations au pouvoir des actions contre la catastrophe climatique annoncée.
Dans plus de 130 pays, les jeunes boycottent les salles de classe pour faire pression sur leurs aînés afin qu’ils prennent des mesures drastiques pour enrayer l’envol des températures provoqué par les activités humaines. Après l’Asie et l’Europe, c’était au tour des jeunes Américains, New-Yorkais en tête, d’afficher leur soutien à la cause climatique, avec des milliers de manifestants rassemblés près de la mairie de Manhattan.
«Nous ne coulons pas, nous nous battons!» C’est par ce cri que des élèves d’atolls du Pacifique – Vanuatu, Salomon, Kiribati – dont l’existence même est menacée par la montée des eaux ont inauguré la journée de protestation, au moment où le soleil se levait sur l’océan.
Sydney, Séoul, Manille, Bali, Jakarta, Tokyo, Bombay, New Delhi, Peshawar, toute l’Asie-Pacifique s’est mobilisée pour ce «Friday for Future» planétaire. Ils étaient plus de 300 000 en Australie, plus du double qu’en mars, au cours d’un premier mouvement similaire.
Ils étaient des milliers aux Philippines, un archipel gravement menacé par l’élévation du niveau des océans. A Kampala, la capitale de l’Ouganda qui borde le lac Victoria, le plus grand d’Afrique, touché de plein fouet par les effets du changement climatique, plusieurs centaines de jeunes ont défilé. D’autres manifestations, assez petites il est vrai, ont eu lieu en Afrique, souvent restée à l’écart des mobilisations, à Nairobi, Johannesburg ou Accra.

Le mouvement s’est propagé jusqu’aux tréfonds de l’Arctique, une région qui se réchauffe deux fois plus rapidement que le reste de la planète. A Longyearbyen, le chef-lieu de l’archipel norvégien du Svalbard, à un gros millier de kilomètres du pôle Nord, environ 80 personnes chaudement emmitouflées ont sillonné les rues derrière des pancartes proclamant «ça chauffe ici» ou «pas cool sans glace».
Plus d’un million de personnes, selon les organisateurs, sont descendues dans les rues pour la défense du climat en Allemagne, où les partis de la fragile coalition gouvernementale d’Angela Merkel ont accouché au forceps d’une stratégie pour le climat représentant 100 milliards d’euros d’investissements d’ici à 2030.
A Bruxelles, 15 000 personnes ont défilé et près de 10 000 à Paris. Elles étaient des milliers aussi au Royaume Uni. Plusieurs centaines de personnes ont aussi manifesté en Suisse.
Au total, plus de 5000 événements se sont déroulés sur toute la planète. Cette journée a donné à New York le coup d’envoi de deux semaines d’actions, avec notamment samedi dernier le premier Sommet de la jeunesse sur le climat organisé par l’ONU. Et vendredi, pendant l’Assemblée générale de l’ONU, aura lieu une autre grève mondiale coordonnée. Le sommet spécial sur le climat aujourd’hui à l’ONU doit réunir une centaine de chefs d’Etat et de gouvernement, dont Emmanuel Macron et Angela Merkel. ATS/AFP

Le plus bel exemple de cette alchimie pousse près du centre-ville. Deux tours dessinées par l’architecte français Jean Nouvel dominent depuis 2014 un grand parc. Leur spécificité? Leur manteau végétal composé de 38 000 plantes. Ces jardins verticaux parmi les plus grands au monde protègent de la chaleur en été et la laisse passer en hiver, quand les feuilles tombent. La plate-forme high-tech et le système de canalisations garantissent les économies d’énergie et d’eau.

13 100 arbres plantés

Ce complexe résidentiel et commercial baptisé One Central Park est tellement multifonctionnel qu’il peut aussi servir de vitrine à la révolution verte en cours dans cette métropole de plus de 5 millions d’habitants. Clover Moore, maire de Sydney, est la cheffe de file du mouvement depuis qu’elle a reçu les clés de la ville en 2004. «La ville a lancé la première politique sur les murs et les toits verts en Australie», rappelle-t-elle. «Augmenter la couverture végétale des toits et la verdure dans les rues et les bâtiments privés est l’une de nos principales actions pour lutter contre la chaleur urbaine, l’un des effets majeurs du changement climatique à Sydney.»

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“Depuis 2008, nous avons réduit nos émissions

de 20%” Clover Moore

Au cours des douze dernières années, les autorités ont fait planter plus de 13 100 arbres dans les rues. «Nous prévoyons d’augmenter de 50% la taille de la couverture verte au cours des 15 prochaines années», ajoute la maire. Effet parasol assuré: l’ombre créée permet de réduire les températures quotidiennes moyennes de 2°C…

A McElhone Place, une ruelle noyée dans la verdure, les effets se font déjà sentir. «La végétation amène de la fraîcheur en été. C’est plus respirable», reconnaît Matt, qui habite une maison couverte de végétation. La mairie encourage les habitants à avoir la main verte. «Comme les voisins, nous ajoutons chaque année des plantes dans le quartier», assure-t-il.

Résilience urbaine

Un peu partout en ville, des murs végétaux et des toitures vertes étirent la couverture végétale qui embrasse déjà 15% du territoire. C’est la mesure la plus visible de la stratégie de résilience urbaine de Sydney. «Avec ses initiatives, elle est l’une des principales organisatrices et meneuses de la lutte contre le changement climatique en Australie et dans le monde», applaudit Alix Foster Vander Elst, de Greenpeace Australie Pacific.

La métropole fait d’ailleurs partie du C40, un réseau mondial de plus de 90 villes qui veulent accélérer leur mutation écologique. Elles ont pris les devants face à l’incapacité de la communauté internationale de mettre en place des mesures ambitieuses pour respecter l’accord sur le climat de Paris. Même si le Sommet spécial sur le climat qui se tiendra à New York, lundi, servira de piqûre de rappel aux Etats à la traîne, sur fond de manifestations mondiales depuis ce vendredi.

Mine de charbon ouverte

«Les gouvernements australiens successifs ont honteusement présidé à une catastrophe climatique et nous nous trouvons maintenant à un moment critique», fustige Clever Moore. Comment compter sur un gouvernement dirigé par un climatosceptique notoire comme Scott Morrisson pour respecter les timides engagements australiens de réduction de 26 à 28% des émissions de gaz à effet de serre (GES) d’ici 2030 par rapport à 2005? Le pays est loin du compte avec 7% d’émissions en trop.

Pendant que le premier exportateur de charbon au monde se prépare à exploiter une immense mine dans le nord-est, Sydney fait tout pour réduire la facture de CO2. La capitale de l’Etat de Nouvelles Galles du Sud s’est dotée en 2014 d’un plan d’action à long terme, Sustainable Sydney 2030, visant une longue liste d’objectifs ambitieux en matière d’amélioration de l’efficacité énergétique, d’utilisation rationnelle de l’eau, de gestion des déchets, d’augmentation des espaces verts et de promotion d’options de transport durable.

LED et pistes cyclables

Près de 10’000 lumières de rue sont en train de passer au LED, alors que le réseau cyclable urbain va bientôt atteindre 200 kilomètres. «A partir de 2020, nos activités seront alimentées à 100% en électricité renouvelable», appuie la maire.

Les résultats en termes de GES? «Depuis 2008, nous avons réduit nos émissions de 20%, alors que notre économie continuait de croître», se félicite-t-elle. Objectif d’ici 2030: atteindre les 70% sur la base des niveaux de 2006. Mieux, faire de Sydney une ville neutre en carbone en 2050. Des intentions et des plans d’action qui ont valu en début d’année à la ville de figurer dans le haut du classement de la CDP, l’organisation qui gère la plus grande plateforme mondiale de rapports environnementaux dédiée aux entreprises et aux villes. Sydney figure parmi les 7% des 630 villes scannées à avoir obtenu la note maximale A.

«Elle a tracé la voie à suivre pour atteindre ces objectifs et comprend qu’elle doit travailler avec la communauté et les entreprises locales pour y parvenir», estime Joshua Snodin, responsable de la communication de CDP. «Par exemple, le Better Buildings Partnership, un groupe composé de propriétaires de plus de la moitié des surfaces commerciales du centre-ville, a réduit ses émissions annuelles de 45%.»

Pollution: 153 décès

Les autorités de la ville ont aussi déclaré l’urgence climatique en juin dernier pour réveiller le gouvernement. Elle ne veut pas servir de décor au scénario catastrophe écrit par les scientifiques. Les habitants en ont eu un aperçu durant le dernier été austral aux journées caniculaires avec des pics à plus de 40°C. Sans parler des inondations historiques. «Le stress thermique et les inondations sont deux risques climatiques aigus auxquels nous serons toujours plus confrontés à l’avenir», redoute Clover Moore.

La dégradation de la qualité de l’air fait déjà des dégâts. «Nous avons mesuré que la pollution causée par les seules centrales de charbon entraîne en moyenne 153 décès annuels à Sydney», détaille le rhumatologue John Van der Kallen, membre de l’association Médecins pour l’environnement Australie (DEA). Un autre effet boomerang… LA LIBERTÉ

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