Genève

Les oubliés du chantier de la Jonction

Les travaux de rénovation des «barres Honegger» ont débuté ce printemps. Les habitants dénoncent la gestion calamiteuse menée par leur propriétaire, l’Hospice général.
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Les oubliés du chantier de la Jonction
L’ensemble des travaux durera jusqu’en 2021. En attendant, les habitants vivent dans le bruit et la poussière et doivent utiliser des salles de bains collectives. JPDS
Logement

De la poussière en permanence, des coupures d’eau à répétition, des tapages à ne plus s’entendre parler, voilà le quotidien que subissent, exaspérés, les locataires de la Cité Carl-Vogt à la Jonction. La liste de leurs revendications, adressée à l’Hospice général, propriétaire, est longue. Prenant l’opinion publique à partie, les associations des locataires de la Cité organisaient, ce lundi matin, une visite du chantier. Rendez-vous était pris avec les habitants de la première barre d’immeuble au 15, boulevard d’Yvoy. Les travaux dans ces appartements, et plus précisément dans les salles de bains, y ont commencé début mars et devront se terminer d’ici à une année. Les autres immeubles attendront encore un peu, même si les échafaudages ont été installés en juin 2018 déjà. L’ensemble des travaux durera au moins jusqu’en 2021.

«Indigne de l’Hospice général»

Un chantier colossal, d’autant qu’aucune rénovation importante de la Cité n’avait été entreprise depuis la construction des immeubles, dans les années 1960. Les habitants vivent aujourd’hui au milieu de la poussière et du bruit, avec tous leurs meubles recouverts sous des bâches. Ils disent être «les premiers spectateurs» de ces travaux d’envergure. «C’est non-stop et très stressant», se plaint une des locataires. «On mange dans la poussière», ajoute une autre.

Selon eux, l’Hospice général n’a pas pris les mesures qui s’imposent, sachant que les locataires allaient vivre dans leur appartement durant toute la durée des travaux. «Personne ne se met une demi-seconde à notre place.» Une situation jugée «indigne de l’Hospice général». Des mesures de relogement ont été prévues uniquement pour les cas «urgents», soit «pour des personnes qui se trouvent physiquement ou organisationnellement dans l’incapacité d’utiliser les salles de bains provisoires, par exemple à mobilité réduite ou familles avec nouveau-nés sans mode de garde», explique Laurence Friederich, directrice générale du Service immobilier de l’Hospice général. Elle précise qu’à ce jour, sept ménages sur les trois premières montées, soit un total d’environ nonante appartements, sont concernés par un relogement provisoire. «A signaler que d’autres ont refusé cette solution, des toilettes chimiques étant mis à disposition à l’intérieur des logements sur simple demande», ajoute-t-elle.

En plus des conditions de vie «déplorables», les habitants des immeubles se plaignent de différences de traitement avec les nouveaux locataires. Par exemple, des salles de bains des habitants actuels ne sont rénovées «qu’à moitié». Résultat: dans certaines salles d’eau coexistent des carrelages de différentes teintes. Un «patchwork», selon les mots de Jean-Pierre Fioux, membre du comité de l’Association des habitants de la Jonction.

Pas de baisses de loyer

Une énième mauvaise surprise qui ne sera pas compensée par une réduction du prix du loyer sur leur facture mensuelle. Aucune diminution n’est en effet prévue pendant les travaux. Au contraire, certains locataires verront même le prix de leur loyer augmenter une fois les rénovations terminées. Ces hausses affecteront les locataires qui ont les baux les plus bas, soit principalement des personnes âgées et des personnes à l’assistance sociale, selon les associations des locataires. L’Hospice général prévoit toutefois de verser une indemnité à tous les habitants pour les nuisances subies. «Le calcul sera effectué à la fin des travaux, une fois l’étendue et la durée de ceux-ci établis», explique Laurence Friederich.

Enfin, les associations déplorent un manque de communication et des informations lacunaires nourrissant l’inquiétude et l’angoisse des locataires. Un rendez-vous a été fixé entre les parties en mai et un bulletin d’information sera publié… prochainement, indique Bernard Manguin, porte-parole de l’Hospice général.

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