Édito

Emballement sur le Venezuela

Emballement sur le  Venezuela
Juan Guaido, président du parlement, s’est autoproclamé chef de l’Etat le 23 janvier dernier. KEYSTONE
Venezuela

La France, l’Espagne, la Grande-Bretagne, l’Allemagne et d’autres pays européens se sont finalement alignés sur les Etats-Unis et les nations d’Amérique latine gouvernées par la droite. Ils ont ainsi «reconnu» lundi comme «président intérimaire» du Venezuela Juan Guaido, le président du parlement qui s’est autoproclamé chef de l’Etat le 23 janvier. L’annonce était attendue, plusieurs d’entre eux ayant lancé un ultimatum au président vénézuélien, Nicolas Maduro. Cette opération de mise en demeure puis de négation d’un gouvernement en exercice n’en reste pas moins stupéfiante.

Ce qui laisse pantois dans la posture assumée par plusieurs capitales européennes – Berne se maintient pour sa part neutre –, c’est l’emballement à qualifier de «non légitime» le pouvoir en place à Caracas. Alors que ces gouvernements ne cessent de signer des accords commerciaux et militaires avec des régimes qui n’ont pas une once de fonctionnement démocratique. Cela sans oublier leur silence assourdissant lors des renversements de Dilma Rousseff au Brésil, de Manuel Zelaya au Honduras ou de Fernando Lugo au Paraguay.

Le coup de force diplomatique, qui accompagne les menaces d’intervention militaire de Donald Trump, s’avère aussi extrêmement dangereux. Les multiples ingérences meurtrières et antidémocratiques des Etats-Unis en Amérique latine restent en effet fortement ancrées dans les mémoires. Et si la crise économique et politique est profonde au Venezuela, le gouvernement compte encore, n’en déplaise à ses détracteurs, de nombreux supporters et sur le soutien de l’armée. Or, ceux-ci risquent fort de se radicaliser face aux bruits de bottes qui résonnent depuis Washington et à la frontière colombienne.

Bien sûr, le Venezuela est enlisé dans un bras de fer politique interminable et vit une situation économique désastreuse. La récession qui le frappe depuis plusieurs années – due à d’importantes erreurs du gouvernement, à la dépendance presque totale du pays à sa production pétrolière en chute libre, mais aussi à une guerre économique menée par la bourgeoisie locale et à des sanctions étasuniennes – a laissé la nation caribéenne exsangue. Cette crise a plongé une grande partie de la population dans la pauvreté. Les pénuries ont poussé des centaines de milliers de personnes – voire des millions – à chercher une vie meilleure ailleurs et ont balayé de nombreux progrès sociaux acquis sous la présidence de Hugo ­Chavez.

Mais la situation économique du pays, aussi catastrophique soit-elle, ne légitime pas de fait une opposition qui ne s’est jamais vraiment conformée au jeu démocratique, qui tente depuis près de vingt ans de faire tomber par tous les moyens un mouvement politique qui a pourtant remporté une longue série de victoires électorales. Et elle justifie encore moins les manœuvres de Washington, de Brasilia, de Buenos Aires ou de Bogotá, qui ont juré la perte du «chavisme» au nom d’une croisade «anticommuniste» qu’on croyait d’un autre temps.

Or, de nombreux pays européen jettent désormais de l’huile sur le brasier, au lieu d’apporter leur soutien à une solution négociée, comme le font le Mexique ou l’Uruguay. Pourtant, si une seule évidence ressort de la situation actuelle au Venezuela, c’est que c’est aux Vénézuéliens eux-mêmes, et à personne d’autre, de trouver une issue à la crise.

Opinions International Édito Gustavo Kuhn Venezuela

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Crise au Venezuela

vendredi 27 octobre 2017

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