Édito

Gilets et rires jaunes

Gilets et rires jaunes
Les "gilets jaunes" vont manifester samedi contre la hausse des taxes au diesel en France. DR
France

Samedi, le mouvement dit des gilets jaunes va donner de la voix. Et bloquer certains axes routiers français. En cause, le relèvement des taxes sur les carburants et plus particulièrement sur le très polluant diesel pour un montant de quelque 10 milliards d’euros.

Les syndicats sont hésitants face à cette grogne populaire, les partis de gauche louvoyants. De leur côté, les associations écologistes, regroupées au sein du Réseau climat, ont apporté un – très prudent – soutien à la mesure, y voyant un «outil indispensable pour libérer notre pays de son addiction au pétrole», tout en admettant la «vulnérabilité des Français aux prix du carburant» et en invitant le gouvernement Macron à prendre des mesures pour financer des alternatives à la voiture ou à aider celles et ceux qui ne peuvent pas s’en passer.

Car c’est bien là que le bât blesse. Ce qui est présenté comme une taxe écologique n’est en fait qu’un transfert de la fiscalité des riches sur les pauvres. Elle pèsera cinq fois plus sur les revenus des 10% des ménages les plus modestes que sur les 10% les plus nantis1  Libération du 12 novembre 2018 . En d’autres mots, il s’agit de reprendre dans la poche des automobilistes ce qui a été donné aux plus riches via la suppression de l’ISF.

Sur les 37,8 milliards d’euros que rapportera in fine la taxe sur les produits énergiques en 2019 (+4 milliards), seuls 8,4 milliards iront directement à des mesures de transition écologique. Soit un peu plus de 20% 2 Le Monde du 6 novembre .

Rappelons au passage qu’une taxe est par essence – c’est le cas de le dire – vouée à disparaître. Elle est en effet censée impulser des comportements vertueux par rapport à une situation jugée insatisfaisante. En l’occurrence, si l’on avait respecté l’orthodoxie du principe d’une taxe, l’entier des sommes récoltées devrait être affecté à la transition écologique. Et les défis ne manquent pas: encourager le solaire et les économies d’énergie, rendre certains transports gratuits ou moins onéreux, par exemple. Mais ce n’est pas le cas ici. Il s’agit donc du dévoiement d’un principe souhaitable et incontournable.

Emmanuel Macron est en train de confisquer l’écologie politique au profit d’une politique fiscale et antisociale. Ce qui est d’une gravité extrême. Cela discrédite les valeurs de l’écologie politique dont la mise en œuvre est pourtant indispensable si l’on veut éviter un emballement climatique dramatique. Et il affourage en fait le rapport de production à la base du problème. Une économie basée sur le court terme et la prédation à qui on laisse quartier libre et que l’on encourage à coups de cadeaux fiscaux payés par les revenus modestes.

En cela, pour ambigu qu’il soit avec ses accointances ne serait-ce que rhétoriques avec l’extrême droite, le mouvement des gilets jaunes pose des questions auxquelles il est indispensable d’apporter des réponses politiques. Sinon les retours de bâton seront redoutables.

Notes   [ + ]

1.   Libération du 12 novembre 2018
2. Le Monde du 6 novembre
Opinions Édito Philippe Bach France Gilets jaunes

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