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Des correctifs nécessaires

Matteo Campagnolo livre son analyse de la dernière Coupe du monde.
Football

Que l’on se sente un peu orphelin, soulagé ou indifférent, après un mois de rencontre de ballon à répétition, la torpeur estivale laisse revenir à l’esprit quelques questions avant de tourner la page.

«On peut mourir tranquille», avait clamé le chroniqueur lors de la victoire de l’équipe de France à la Coupe du monde 1998; pas clair s’il parlait pour lui-même ou pour l’ensemble de ses compatriotes. En tout cas, vingt ans plus tard une victoire dans la même compétition a suscité un enthousiasme aussi théâtral, mais moins dramatique, chez le président Macron, qu’on a vu se lancer dans une «danse endiablée» avec la première dame de France, puis esquisser avec les joueurs la dance des priseurs de hashish d’Atlanta. Personne n’a trouvé à y redire: avec l’instinct du chef, il reprenait la main à ceux qui représentaient à ce moment-là son pays. Et penser que, en 1982, le président italien Pertini, ce vieillard très aimé, avait sidéré les téléspectateurs en se présentant à la tribune d’honneur au côté du chef d’Etat du pays hôte et en manifestant avec style et bonhomie à la fois sa passion partisane!

Le lendemain, au cours d’une conférence de presse improvisée à bord de l’avion qui ramenait tout le monde à Rome, il avait dû justifier cette rupture avec la sévérité que lui imposaient ses fontions: il fit si bien qu’aujourd’hui cette hardiesse protocolaire est devenue une quasi obligation pour ses plus jeunes homologues. Les chefs d’État se sont bien «décoincés» depuis! Le président Poutine, cette année, en aurait reçu une vingtaine. Cette diplomatie informelle passe pour l’un de ses plus beaux succès récents, avec le déroulement sans accros d’une si vas-te manifestation, et aussi le gain de sympathie et de tourisme pour la Russie qui en découle.

Ainsi, personne ne niera l’importance planétaire de la Coupe du monde de football. La Fédération internationale (FIFA), selon les journaux, aurait encaissé 6,1 milliards d’euros, et la Russie en aurait dépensé 14. De l’argent bien dépensé: le sport unit les peuples, c’est bien connu; donc, tant mieux si c’est beaucoup, de quoi faire pâlir le budget militaire suisse, toujours fixé au chiffre rond de 5 milliards de francs, ou l’aide au tiers monde fixé par la Confédération helvétique aux alentours de 2,8 milliards de francs. L’équipe gagnante aurait reçu 32 millions de la FIFA, une jolie bonne main.

En tant que «sportifs», comme on appelle en Italie ceux qui passent leur temps à regarder le sport à la télévision, nous n’avons qu’un petit regret: sur soixante-quatre rencontres, seulement trois ou quatre ont été vraiment belles. Il y en a eu beaucoup qui ont été d’un ennui parfois mortel: plus une équipe, consciente de sa faiblesse, tuait le match, et plus elle avait, ou croyait avoir, des chances de remporter à l’usure un résultat utile. Et que dire des joueurs remplacés lorsque leur équipe avait l’avantage, ils devenaient souvent la personnification minable de l’antisportif. On n’en est arrivé à regretter les esclaves chargés à Rome d’aiguillonner les gladiateurs trop timides… Les autres sports pourraient peut-être suggé-rer des correctifs aux responsables de ce football qui se lance courageusement dans les innovations. Par exemple, à la boxe, un arbitre et deux juges donnent des points aux boxeurs pour la qualité de leur art et pour leur combativité, à la plongée et au patinage artistique tout se joue sur la beauté de la technique…

Le comble a été atteint lorsqu’on a assisté à la scène pitoyable du pauvre arbitre perdant la maîtrise du jeu. Comme un pantin subitement déchargé, il lâchait tout pour gagner une installation informatisée, où se remettre en question comme un pénitent. Il faudrait, on pourrait… A chaque problème sa solution, comme l’enseignent les sciences exactes.

Ce football qui se lance à tâtons dans l’ère numérique a besoin de correctifs non seulement pour pallier ces inter-ruptions gênantes du jeu, lesquelles ne constituent du reste pas seulement une perte d’image. On a pu prendre toute la mesure du VAR (Video Assistant Referee) en comparant le penalty nié au Nigéria, qui a coûté à cette équipe sa place en coupe du monde, et celui qui a ouvert tout grand les portes de la victoire finale à l’équipe de France. Situation identique, décision inverse. Il faut faire plus que simple-ment déplacer le problème hérité d’un immobilisme justement ressenti comme insupportable, du fait des progrès de la cinématographie: la planète entière s’en portera mieux.

Matteo Campagnolo, Genève

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