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Il faut un cadre sensible

Mme Claude Schaeppi-Borgeaud réagit à un article du 16 janvier intitulé «Un appel mal entendu».
Enfants placés

Les personnes qui auraient sans doute le plus besoin de cette aide et reconnaissance symboliques parce qu’elles n’ont pas pu se relever des violences extrêmes subies ne feront peut-être pas valoir leurs droits…

Monsieur Luzius Mader propose une analyse de la psychologie des enfants placés pour expliquer l’énorme décalage entre le nombre de victimes estimées et le nombre de personnes qui ont demandé une indemnisation. Que l’on puisse donner des explications psychologiques aussi détaillées et fines sur ces enfants placés et ne pas s’interroger davantage sur le cadre, tel qu’il a été posé, pour «offrir» cette réparation ­m’interroge.

Certes, il existe des soutiens gratuits, mais, s’ils facilitent bien les démarches administratives, sont-ils à même d’accompagner «humainement» des personnes rendues psychologiquement vulnérables, et irrémédiablement en rupture, par la brutale mise au ban de la société et par la privation d’instruction dont nombre d’entre elles ont fait l’objet?

Que représentent les démarches exigées pour obtenir réparation, pour ces personnes dont la fragilité est concrète et quotidienne? Mal écrire et devoir s’en remettre à des aides de l’état pour plonger dans des Archives, mémoire des maltraitances subies….
Il faut une main, pour traverser la nuit!

1981: l’on date ainsi la fin des abus. Alors qu’il a fallu plus de 30 ans de déni à la société pour prendre conscience des abus commis, Monsieur Mader estime qu’un an et demi, c’est bien assez long pour permettre à des personnes démolies de faire confiance «à la réparation». Des personnes démolies autant par le silence de ceux qui savaient que par la violence de ceux qui ont mal agi, et il porte un jugement déplacé sur toutes celles qui n’arrivent pas à se libérer de leur statut de victimes dans les délais impartis, les condamnant à la victimisation à perpétuité.

Monsieur Mader parle aussi des associations de victimes, inaptes à jouer leur rôle d’intermédiaire, car incurablement incapables de consensus, mais que pense-t-il de cette reconnaissance de la Confédération à laquelle seuls huit cantons participent financièrement? Pense-t-il vraiment que c’est ainsi que l’on rassurera les enfants placés sur les désormais bonnes intentions de la Confédération à leur égard?
Moi je pense que sans un cadre sensible et cohérent, la réparation proposée n’est qu’une manière de se donner bonne conscience, à bon marché.

Claude Schaeppi Borgeaud, Presinge (GE)

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