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Frémissement au Royaume-Uni

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La reconstruction du Labour sur une ligne de gauche est entrée dans une phase cruciale au Royaume-Uni. Confronté ce jeudi à des élections générales anticipées dans un contexte difficile, le Parti travailliste de Jeremy Corbyn paraît tenir le choc, donné au coude à coude avec les conservateurs de Theresa May dans les sondages.

Le piège tendu par la cheffe des Tories semblait pourtant infranchissable. Surfant sur la vague du Brexit, rassemblant la droite britannique – et au-delà – avec un discours mêlant antifiscalisme, interventionnisme et nationalisme, Theresa May s’était ouvert un boulevard sur les décombres de l’UKIP et des Libéraux-démocrates, enterrant au passage l’héritage thatchérien de son propre parti.

La manœuvre était également destinée à capter une partie de l’électorat travailliste, qu’on pouvait imaginer déboussolé par le putsch manqué, l’été dernier, contre Jeremy Corbyn et le dénigrement permanent auquel son leader doit faire face dans l’espace médiatique. Au point qu’en avril dernier, à deux mois du scrutin, la question d’un changement de dernière minute de leadership travailliste était encore évoquée par les médias et complaisamment commentée par l’aile droite du Labour.

A la veille du vote, le tableau est bien différent. «L’impossible vainqueur», le «désastreux», «l’extrémiste» Jeremy Corbyn a gagné une quinzaine de points dans les sondages. Et bien qu’il faille se méfier de ces enquêtes, particulièrement lors d’un scrutin législatif à la majoritaire, il n’est plus du tout exclu que le Labour prive les Tories de cette majorité absolue qui leur semblait acquise. Malgré une actualité dominée par des sujets internationaux – terrorisme, relations avec Bruxelles –, le programme social, économique et fiscal très concret et très à gauche de M. Corbyn a marqué des points. Rappelant au passage que Theresa May, elle, a fait partie du très antisocial gouvernement de David Cameron entre 2010 et 2016.

Si une victoire du Labour paraît malgré tout encore difficile, la formidable mobilisation de ses militants et sympathisants, notamment des jeunes, l’audace de son programme, qui remet les services publics et l’égalité sociale au centre des préoccupations, le pari réussi d’une campagne ouverte sur la rue plutôt que menée au sein du microcosme médiatique ont démontré que le Parti travailliste est bien vivant.

L’écho rencontré par Jeremy Corbyn, malgré le veto de l’establishment britannique, souligne à quel point le Royaume-Uni de juin 2017, polarisé, appauvri, déniaisé par plus de trois décennies de néolibéralisme, n’est plus celui des années 1990. Et qu’à gauche, les vrais pragmatiques ne rêvent pas de répéter les (vaines) victoires de Tony Blair, mais ouvrent les yeux sur les réalités de leur époque. Que les dogmatiques sont ceux qui restent accrochés au fameux TINA de Margaret Thatcher: il y a bel et bien une alternative, pour la gauche, à l’alignement sur les intérêts des plus puissants! Elle passe par la reconstruction du pouvoir populaire. Au sein du Labour et des autres mouvements de la société civile, d’abord. Dans les institutions, ensuite. Un bon score jeudi dans les urnes du Royaume-Uni viendrait confirmer ce frémissement réjouissant. I

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