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Quand la justice devient une question de revenus

En Suisse, le sentiment d’équité dépend désormais des moyens financiers de chacun. Le Baromètre de la justice 2026 révèle que les perceptions varient sensiblement selon les revenus: les populations les plus modestes se sentent particulièrement marginalisées, et la situation des familles avec enfants s’avère particulièrement précaire, relève Caritas Suisse.
Social

Les personnes à faibles revenus perçoivent de plus en plus la Suisse comme un pays injuste. C’est ce que montre le dernier Baromètre de la justice, un sondage représentatif réalisé par gfs.bern, qui met en lumière une fracture sociale. Alors que les classes socio-économiques favorisées se déclarent satisfaites dans de nombreux domaines, les groupes les plus pauvres éprouvent un sentiment d’exclusion croissant. Le constat est marquant: plus de la moitié des personnes interrogées estiment que la Suisse est en général «plutôt injuste» ou «pas du tout juste», une opinion en nette progression par rapport à 2024.

Les opinions divergent fortement d’une génération à l’autre, reflétant des réalités matérielles bien différentes. Chez les 16-39 ans, le problème le plus urgent est l’augmentation de l’écart entre le salaire et le coût de la vie, pour 18% d’entre eux. En revanche, seuls 4% des seniors interrogée·es sont de cet avis. Les chiffres de l’Office fédéral de la statistique (OFS) confirment la vulnérabilité des classes d’âge les plus jeunes: environ 22 % des 25-49 ans n’ont pas la capacité de faire face à une dépense imprévue de 2500 francs. Chez les personnes ayant atteint l’âge de la retraite, ce chiffre est deux fois moins élevé.

Les familles en première ligne. Le sentiment de ne plus pouvoir faire face à la hausse du coût de la vie dépasse désormais largement le cercle des personnes en situation de pauvreté pour touche de plein fouet les familles, comme le confirme le Baromètre suisse des familles de Pro Familia et Pax. Pour la moitié des familles interrogées, les primes d’assurance-maladie constituent le problème le plus pressant, suivi par le renchérissement général. De plus, près de 60 % des sondé·es affirment que «plus de ressources financières» améliorerait grandement leur quotidien.

Une étude menée en 2021 par la Haute école spécialisée bernoise et Caritas explique cette pression: les couples avec enfants sont largement surreprésentés dans la tranche de revenus précaires située juste au-dessus du seuil de pauvreté. Les ménages monoparentaux, quant à eux, basculent majoritairement en dessous de ce seuil. Une grande partie des familles suisses vivent ainsi au jour le jour, sans aucune capacité d’épargne.

Les revendications de Caritas. Face à ce constat, Caritas Suisse appelle à des mesures urgentes pour préserver la cohésion sociale:

– Investir dans l’accueil extrafamilial. Les frais de garde d’enfants, élevés en comparaison internationale, constituent une charge extraordinaire pour ces ménages. Un système accessible et abordable est indispensable pour concilier vie professionnelle et vie familiale.

– Développer le logement abordable. Il est urgent de proposer des solutions de logement adaptées aux bas revenus.

– Alléger les coûts de la santé: Les primes d’assurance-maladie asphyxient le budget des familles.

– Généraliser les prestations complémentaires (PC) pour familles. Actuellement, seuls cinq cantons utilisent avec succès cet outil de lutte contre la pauvreté. Ces prestations garantissent la subsistance des ménages et leur évitent de recourir à l’aide sociale lors des périodes difficiles.

Nada Milinovic travaille au sein du service politique sociale de Caritas Suisse.