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Les urnes ne referment pas la crise

Les récentes élections provinciales n’ont pas débloqué la crise en Nouvelle-Calédonie, cet archipel français du Pacifique Sud aux velléités d’indépendance. Deux ans après les violentes émeutes de 2024 provoquées par une réforme électorale de Paris, le récent scrutin confirme la fracture immuable du territoire. Entre inégalités sociales profondes et effondrement du marché du nickel, la promesse d’un destin commun, initiée il y a près de quarante ans avec la France, semble aujourd’hui dans l’impasse.
Nouvelle-Calédonie

Les élections provinciales du 28 juin n’ont pas mis un terme à la crise calédonienne. Elles n’ont fait disparaître ni les désaccords sur son avenir politique, ni les fractures apparues au grand jour lors des violences de 2024. Plus de trente-cinq ans après les accords de Matignon, la promesse d’un «destin commun»1> A. Bensa, E. Wittersheim, «A la recherche d’un destin commun en Nouvelle-Calédonie», juillet 1998, www.monde-diplomatique.fr/1998/07/BENSA/3841 demeure suspendue à l’issue du processus initié en 1988.

On s’en souvient, en 2024, le projet de dégel du corps électoral avait joué un rôle de détonateur2> M. Salaün, B. Trépied, «Nouvelle-Calédonie, une histoire de la colère», juillet 2024, www.monde-diplomatique.fr/2024/07/SALAUN/67173: pour les indépendantistes, il revenait à entériner les effets d’une colonisation de peuplement qui a progressivement fait du peuple kanak une minorité sur sa propre terre.

Mais ces tensions ne portaient pas seulement sur les scrutins à venir et leur mode d’organisation. Elles trouvaient aussi leur origine dans des inégalités sociales: accès à l’emploi, au logement, à l’école, répartition des richesses. Le «rééquilibrage» engagé après les accords de Matignon a profondément transformé l’archipel, sans effacer ces écarts3> A. Bensa, E. Wittersheim, «En Nouvelle-Calédonie, société en ébullition, décolonisation en suspens», juillet 2014, www.monde-diplomatique.fr/2014/07/BENSA/50620. Longtemps présenté comme la condition d’une souveraineté économiquement viable, le marché du nickel4> A. Bensa, E. Wittersheim, «Le nickel, un atout disputé», juillet 2014, www.monde-diplomatique.fr/2014/07/BENSA/50621 traverse aujourd’hui une crise profonde qui fragilise l’un des piliers du projet ­indépendantiste.

Au terme du récent scrutin, les loyalistes restent dominants dans la province Sud, les indépendantistes conservent leurs positions dans le Nord et les îles Loyauté. Les élections provinciales du 28 juin n’ont vraiment pas mis un terme à la crise. Et la Nouvelle-Calédonie semble même toujours plus s’enfoncer dans l’impasse.

Notes[+]

La Valise diplomatique est un blog de la rédaction du Monde diplomatique en réaction à une actualité.