Même si le trafic a repris au compte-gouttes dans le détroit d’Ormuz, le blocus qui a duré plusieurs semaines a perturbé les chaînes d’approvisionnement et affecté le transport d’un quart du gaz mondial. D’où une forte hausse de prix des carburants.
L’Agence internationale de l’énergie évoque «la plus grande menace pour la sécurité énergétique mondiale de l’histoire» et l’Organisation mondiale de la santé met en garde contre les effets en cascade sur tous les secteurs, y compris celui des médicaments.
La remise en état des infrastructures énergétiques prendra plusieurs mois et l’Office fédéral pour l’approvisionnement économique du pays (OFAE) indique que les livraisons de marchandises vers l’Europe subissent des retards malgré les négociations et l’accalmie du conflit entre l’Iran et les Etats-Unis. «On ne peut empêcher les pénuries, mais on peut s’y préparer», assure Enea Martinelli, pharmacien hospitalier et membre du comité de l’initiative «Oui à un approvisionnement médical sûr».
Des mesures existent
Quelles mesures antipénurie sont appliquées actuellement? La Suisse est tenue de constituer des stocks de produits thérapeutiques essentiels suffisants pour cinq à six mois. Ce sont les traitements anticancéreux, les analgésiques et les vaccins.
Depuis 2015, les distributeurs ont également l’obligation de notifier aux autorités tout risque de pénurie de médicaments vitaux susceptible de durer quatorze jours ou plus. Une liste régulièrement mise à jour des substances actives fixe quels médicaments sont considérés comme essentiels. Elle inclut l’insuline et les anticoagulants.
«On ne peut empêcher les pénuries, mais on peut s’y préparer» Enea Martinelli
Cela dit, le pays est confronté à des pénuries de médicaments depuis vingt-cinq ans. Plusieurs raisons à cette situation. Parmi elles, la sous-traitance d’étapes cruciales de la production vers des pays à bas salaires, mais aussi la forte dépendance à l’égard d’un faible nombre de sites de production en Asie et la réduction des niveaux de stocks tout au long de la chaîne d’approvisionnement.
Modifier la loi
Y a-t-il des solutions supplémentaires prévues? La Suisse modifie actuellement sa loi sur les épidémies, qui vise à protéger la population des maladies transmissibles. L’objectif est d’octroyer davantage de pouvoir d’intervention au gouvernement. En cas de pénurie de matériel médical par exemple, Berne serait en mesure d’intervenir au lieu de compter sur la seule collaboration entre secteur privé et cantons, selon le système actuel. Les chaînes d’approvisionnement en médicaments sont d’une extrême complexité qui rend la mise en œuvre de solutions particulièrement difficile. «Il ne faut pas s’attendre à des mesures révolutionnaires, elles ne fonctionneraient pas», précise Enea Martinelli.
Le gouvernement a présenté vendredi une proposition au parlement. Elle prévoit qu’à court terme, les importations en provenance de l’Union européenne soient simplifiées et que les notices multilingues spécifiques à la Suisse insérées dans les boîtes de médicaments soient remplacées par des QR codes. Ce qui doit fluidifier la coordination pour les produits autorisés dans l’UE.
Surveiller la disponibilité
D’ici à fin 2026, la Suisse se mettra à classer tous les médicaments autorisés sur son sol – et plus seulement ceux labélisés essentiels – en différentes catégories. Ce qui permettra de spécifier leur utilisation et de surveiller leur disponibilité. D’ici là, drugshortage.ch, créée à l’initiative d’Enea Martinelli en 2016, restera l’unique plateforme de suivi extensif des pénuries.
Développer des chaînes de production complètes en Suisse n’est pas une option réaliste pour des raisons de coût, résume Enea Martinelli. Remédier aux pénuries de médicaments implique selon lui de changer de paradigme. Il faut aborder les traitements sous l’angle thérapeutique et non plus économique. «Aujourd’hui, un traitement même très important qui n’est plus rentable est voué à disparaître du pays. C’est là-dessus que la Suisse doit travailler.» SWISSINFO AVEC PAS