Non, ce n’est pas un film de Claude Chabrol mais une partition des services de la Ville de Genève qui, par la finance, la mise à disposition du matériel, l’octroi d’autorisation durcit les règles pour toute utilisation festive de la voie publique. La première à en faire les frais est la très active association «Pré en bulle», grande animatrice citoyenne du quartier des Grottes. Tiens donc, y aurait-il du projet immobilier et de la gentrification dans l’air au sein de ce quartier populaire?
En tout cas, anguille sous roche il y a pour subitement et conjointement restreindre les subventions, multiplier les portails administratifs dissuasifs, contrôler drastiquement l’usage du mobilier urbain, instaurer un diamètre de distance avec les arbres et surtout rendre payant le matériel de fête qui, jusque-là, était gratuit pour les associations d’utilité publique en général et pour les centres de loisirs et les maisons de quartier en particulier.
Et quand il s’agit d’un montant de 7000 francs, ce ne sont pas des «peanuts» et ça demande à y réfléchir trois fois avant de se lancer dans une organisation festive populaire aussi incontournable soit-elle. En mettant sur le même pied la fête/l’événement privé et la fête/l’événement associatif utilisant l’espace public, il est clair que l’on fait preuve d’un état d’esprit qui en dit long sur les intentions clivantes des autorités. Il ressort de cette situation qu’une forme de nivellement vers le haut est pratiquée et que l’on s’achemine vers une favorisation des premières au détriment des secondes. Une telle perspective de hiérarchisation par les moyens, les cadres légaux et les codes démontre bien que l’on tend à la création d’un standard qui fait fi de la spécificité des quartiers, de leurs habitants et de leurs animations.
Autrement dit un travail de sape au profit d’un standard/standing généralisé. C’est de cette manière qu’un universel globalisant a pris le pas sur le plus petit dénominateur commun de la proximité. Une forme de mépris que seule une réaction collective responsable pourrait endiguer. Oh hé, les politiques de tout bord, manifestez-vous pour que ne soit pas appliquée cette aberration et que la fête trouve généreusement tous ses droits au profit du vivant des quartiers.
Léon Meynet,
Chêne-Bougeries (GE)