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L’avion a toujours la cote?

Marcos Weil commente une récente étude commandée par une association qui défend les intérêts de l’aviation en Suisse.
Nuisances

Dans l’édition du 5 mai, une dépêche de l’ATS intitulée «L’avion a toujours la cote» reprend les résultats d’un sondage, commandité par Aviationsuisse, une association qui «œuvre à renforcer et étendre, auprès de l’opinion publique suisse et du législateur, l’acceptation de tous les prestataires ayant une importance systémique dans le transport aérien suisse» (extrait de leur site ­internet).

Comme par miracle, les résultats du sondage vont exactement dans le sens des revendications de l’association: les Suisses ne veulent pas de taxes sur les billets, pas de restrictions d’horaires d’exploitation. Les «carburants durables» seraient la solution aux problèmes climatiques, qui au demeurant doivent être abordés au niveau international et pas national. Cerise sur le gâteau, on apprend que les riverains des aéroports sont peu gênés par les nuisances et considèrent que l’offre d’emplois et de loisirs dans leur région constitue ainsi un réel avantage de leur lieu de vie.

Un relevé de tous les biais de l’enquête serait trop long à énumérer. Car il y en a beaucoup! Relevons, à titre d’exemple, que sont considérés comme riverains de l’aéroport, les personnes résidant dans un rayon de 5 km autour de l’infrastructure. Cela recouvre donc une bonne partie de la rive gauche de la ville de Genève ainsi que Carouge, Lancy, Onex. Dans ce périmètre, 241 personnes ont répondu au questionnaire! Les auteurs de l’«étude» n’hésitent toutefois pas à tirer des conclusions sur l’attractivité que représente le fait d’habiter à proximité d’un aéroport grâce aux opportunités d’emplois et à l’offre en loisirs. Et ils vont même plus loin: pour cette population, le bruit aérien ne constituerait pas une gêne!

Évidemment lorsqu’on habite Carouge ou les Eaux-Vives, le bruit des avions n’est pas tout à fait comparable à ce que subissent les 19 000 habitants de la rive droite exposés à un dépassement des valeurs limites.

Ce n’est donc malheureusement pas cette «étude» totalement orientée vers la poursuite d’une croissance sans limites, qui permettra d’ouvrir un nécessaire débat démocratique sur l’aviation et son impact sur la santé des riverains, sur le climat et sur le territoire ­genevois.

Marcos Weil,
Genève