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Le mirage des «10 millions»

Ueli Leuenberger commente l’initiative UDC qui sera soumise au vote au mois de juin à la lumière de la réalité genevoise.
Initiative «Pas de Suisse à 10 millions!»

Au moment où la Suisse débat de l’initiative dite des «10 millions», Genève doit éviter un piège bien connu: celui des faux coupables. Depuis des décennies, l’UDC désigne les étrangers comme responsables de tous les maux. Cette mécanique simplifie l’explication de problèmes complexes, mais repose en réalité sur un diagnostic erroné.

Le malaise genevois ne tient pas à l’origine des personnes, mais à un modèle de développement mal maîtrisé. Le canton a multiplié les emplois en attirant des nouvelles entreprises et renforcé son attractivité sans construire les logements nécessaires, ni adapter ses infrastructures. Avec comme résultat une pénurie persistante, des loyers inaccessibles, des transports saturés et une qualité de vie sous pression.

Plafonner la population relève de l’illusion. Même sans croissance démographique, les déséquilibres resteraient: manque de logements, excès de bureaux, dépendance aux flux pendulaires. L’initiative contourne ces enjeux au lieu de les résoudre.

Genève doit reprendre la maîtrise de son développement: conditionner la croissance économique à sa capacité d’accueil, rééquilibrer bureaux et logements, favoriser des quartiers mixtes et améliorer concrètement le quotidien des classes moyennes et populaires. Enfin, penser à l’échelle du Grand Genève.

L’initiative des «10 millions» n’est une solution ni pour Genève ni pour la Suisse. Elle stigmatise encore les immigrés et, si elle est acceptée, engendrera de graves injustices humaines.

Ueli Leuenberger,
Genève