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Vasectomie en hausse chez les jeunes

Témoignage de deux hommes de moins de 30 ans qui ont choisi de ne pas avoir d’enfants par conviction.
, Swissinfo
La paternité ne fait plus rêver certains hommes dans la vingtaine. KEYSTONE/ PHOTO PRÉTEXTE
Contraception

«A 21 ans, j’ai décidé de subir une vasectomie», raconte Raul, aujourd’hui âgé de 27 ans. «Je ne voulais pas courir le risque d’une paternité non désirée. Et je ressentais le besoin de contrôler ma vie sexuelle.» Sa décision n’a pas été prise à la légère, mais après mûre réflexion. C’est le témoignage d’un ami qui s’était également fait stériliser qui l’a poussé à franchir le pas. «Ce n’est que le troisième urologue consulté qui a approuvé mon choix, et seulement après m’avoir imposé un délai de réflexion de trois mois», raconte-t-il.

Selon la loi fédérale sur la stérilisation, l’intervention peut être pratiquée en Suisse sur «des personnes capables de discernement âgées de 18 ans révolus», à condition qu’elles aient été «pleinement informées de l’intervention» et qu’elles aient donné leur consentement écrit. Les urologues restent toutefois très prudents; beaucoup suivent les directives de l’Association européenne d’urologie (EAU), qui déconseille la vasectomie chez les personnes de moins de 30 ans.

«Plus de liberté»

Les parents de Raul auraient également préféré qu’il prenne encore un peu de temps avant de se décider. «Mon père était très sceptique, ma mère m’a demandé de faire au moins congeler mon sperme, mais je ne l’ai pas fait», raconte-t-il au téléphone. Six ans après l’intervention, le jeune homme est plus que jamais convaincu de son choix, tout comme sa compagne actuelle.

«Nous ne voulons pas mettre au monde des enfants dans une société capitaliste et les transformer en rouages d’un système qui ne laisse aucune place à la vie. De plus, le fait de ne pas avoir d’enfants me donne plus de liberté et de temps pour mes activités associatives.» Raul s’engage dans des groupes de défense du climat et contre le spécisme, lutte pour les droits des animaux.

«L’une des principales causes est la hausse de l’incertitude économique» Clémentine Rossier

Le témoignage d’Oliver* résonne de la même manière. Au début de la vingtaine, il a commencé à s’interroger sur son avenir et celui de la planète. C’est à cette époque qu’il a démarré son activisme dans les milieux végétaliens et antispécistes. «J’ai subi une vasectomie à l’âge de 25 ans, alors que j’étais au Canada, un pays où cette pratique est moins restrictive», raconte l’étudiant aujourd’hui âgé de 30 ans. «Après m’avoir écouté, le médecin a approuvé ma décision et m’a opéré le jour même.» Ce choix a également été influencé par son mode de vie. Il est bénévole dans diverses associations, un engagement non rémunéré qui, selon lui, ne lui permet pas de garantir à une famille un niveau de vie conforme aux normes actuelles.

Oliver n’est en aucun cas le seul jeune en Suisse à se trouver dans cette situation. Selon les données de l’enquête sur la santé menée par l’Office fédéral de la statistique, le nombre de personnes âgées de 20 à 29 ans qui ne souhaitent pas avoir d’enfants a environ triplé entre 2013 et 2023. Près de 6,6% des 15 à 49 ans vivant en ménage privé y ont recouru en 2022.

Le poids du travail

Parmi les facteurs cités figurent les conditions de travail et la difficulté de concilier vie professionnelle et vie familiale. De plus en plus de jeunes pensent également qu’avoir un enfant ne signifie pas nécessairement une vie plus épanouie ou plus belle. La parentalité est plutôt perçue comme ayant des effets négatifs sur le bonheur, la relation de couple et l’avenir professionnel.

Ce tableau général est aussi confirmé par Clémentine Rossier, directrice de l’Institut de démographie et de socioéconomie de l’université de Genève: «L’une des principales causes est la hausse de l’incertitude économique, telle que nous l’avons connue après
la crise financière de 2008-2009. ­Diverses études montrent que les périodes où la perception d’une forte instabilité économique augmente entraînent une baisse des naissances neuf mois plus tard.»

Crise climatique

Outre la composante économique, c’est un ensemble de raisons qui a poussé Oliver à renoncer à devenir père. «Je m’inquiète pour l’avenir. Nous traversons une crise climatique avec des étés de plus en plus chauds», déclare l’activiste, qui lutte contre le gaspillage alimentaire.

Son inquiétude est partagée par beaucoup, comme le confirme Clémentine Rossier: «Parmi les facteurs qui influencent la décision de ne pas avoir d’enfants, on trouve aussi les craintes croissantes liées à la crise climatique. Autre élément d’influence: la troisième vague du féminisme, qui a été relancée entre autres par le mouvement #MeToo et qui a remis en question les rôles des sexes au sein des couples et des familles.» Selon la professeure, de nombreuses jeunes femmes n’acceptent plus la double charge du travail et de la famille dans une société où l’égalité des sexes reste incomplète.

Dans ce contexte, Oliver se réjouit d’assumer la contraception, afin de soulager sa partenaire. «Elle apprécie beaucoup de ne pas avoir à prendre la pilule et de ne courir aucun risque de grossesse non désirée», explique l’étudiant.

Jannik Böhm est éducateur sexuel et dispense depuis une dizaine d’années des cours d’éducation sexuelle dans les écoles, principalement auprès des garçons. Dans les salles de classe, il observe une certaine polarisation autour des thèmes liés au genre et à la sexualité. Il souligne qu’en Suisse, l’utilisation de la pilule est en recul au profit de méthodes telles que le préservatif, le stérilet et les méthodes naturelles.

«Le préservatif ne garantit pas une sécurité absolue, car le risque de grossesse non désirée peut atteindre 15%», explique Jannik Böhm, qui est également membre du conseil de fondation de Santé sexuelle Suisse. «Pour cette raison, et faute d’alternatives, le nombre de jeunes hommes optant pour une vasectomie pourrait croître à l’avenir.» SWISSINFO

* Nom connu de la rédaction.