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A Fribourg comme ailleurs: NON à l’austérité!

Lutte des classes

Les citoyennes et citoyens du canton de Fribourg se prononcent jusqu’au 26 avril sur la Loi sur l’assainissement des finances de l’Etat (LAFE). L’enjeu dépasse largement le cadre local. Cette votation met en lumière des tendances à l’œuvre dans toute la Suisse: une politique d’austérité brutale menée par un gouvernement, unanime, au service du patronat; des «arguments» fallacieux destinés à en masquer les véritables enjeux. L’issue de cette votation revêt donc une importance particulière.

La LAFE s’inscrit dans le «Programme d’assainissement des finances de l’Etat» (PAFE), qui prévoit des «mesures d’assainissement» à hauteur de 405 millions de francs sur la période 2026–2028. Malgré de fortes mobilisations, le Grand Conseil l’a adoptée en octobre dernier. C’est à la suite d’un référendum lancé par un front syndical et politique, prolongeant les mobilisations, que la LAFE est aujourd’hui soumise au vote. Pour la justifier, le Conseil d’Etat invoque une prétendue mauvaise santé des finances publiques. C’est la même rengaine qu’à la Confédération, dans le canton de Vaud, à Genève, etc. Pourtant, la réalité est tout autre: en Suisse, les collectivités publiques ont une situation budgétaire à faire pâlir d’envie les chantres de la tronçonneuse du monde entier. Les gouvernements peignent le diable sur la muraille juste pour faire peur. Leurs projections sont d’ailleurs systématiquement démenties: l’écart cumulé entre budgets et comptes des cantons se chiffre à plus de 2 milliards de francs par année!

A Fribourg, parler de crise budgétaire relève tout simplement de l’escroquerie. Entre 2014 et 2025, le canton a enchaîné douze exercices excédentaires. L’année dernière, les comptes ont carrément affiché un excédent réel d’environ 200 millions de francs! Et l’Etat, loin d’être endetté, dispose d’une fortune nette de 590 millions de francs.

Le fond de l’affaire est ailleurs. La politique menée par le Conseil d’Etat fribourgeois – comme celle des autres gouvernements cantonaux – vise à permettre une redistribution sociale à l’envers. Partout, deux logiques se combinent: des cadeaux fiscaux massifs en faveur des grands patrons et actionnaires; des attaques contre le salaire direct des travailleuses et travailleurs du secteur public et contre le salaire social.

Le cas fribourgeois en fournit une démonstration éclatante. La LAFE prévoit ainsi la suppression de l’indexation et le report des augmentations annuelles au 1er septembre: des pertes cumulées entre 5000 et 10’000 francs selon les classes salariales. Mais la grande majorité de la population en ferait aussi les frais. Les résident·es en EMS ne bénéficiant pas de prestations complémentaires verraient leur facture augmenter de 3650 francs par an. Au menu également: hausse des tarifs des crèches et restriction des bourses d’études. Sans oublier les coupes dans les transports publics. Parallèlement, les autorités multiplient les cadeaux fiscaux.

L’impôt sur les bénéfices des entreprises est passé de 21,4% en 2018 à 15,21% en 2026. L’impôt sur la fortune a lui aussi été réduit au début des années 2020. Au total, ces choix ont privé les finances cantonales d’environ 180 millions de francs par année. Résultat: en Suisse romande, la Ville de Fribourg est devenue «le chef-lieu le moins cher fiscalement pour ses contribuables très aisés, pour tous les profils, à l’exception des familles» (24 heures, 9 septembre 2025). D’où le titre sans détour du quotidien vaudois: «Fribourg bichonne ses millionnaires».

Cette politique de redistribution sociale à l’envers se traduit par le fait qu’une minorité de possédant·es accapare une part croissante de la richesse produite par les salarié·es. Une dynamique qui n’est évidemment pas propre au canton de Fribourg. Ainsi, les 1% les plus riches de Suisse détenaient en 2022 45,1% de la fortune, contre 36,6% en 2003. Et il ne s’agit là que de la fortune déclarée, qui n’a qu’un lointain rapport avec les patrimoines réels… C’est la fraction la plus aisée de ces 1% qui a capté l’essentiel de cette croissance: depuis 2003, la fortune cumulée des 300 plus riches de Suisse a été multipliée par quatre, atteignant 851,5 milliards de francs (Bilan, décembre 2025).

Une conclusion s’impose: l’austérité n’est pas une fatalité, mais un choix politique. Il n’y a pas de crise budgétaire. Rien n’oblige les gouvernements à attaquer les conditions de travail des salarié·es ni à démanteler les prestations publiques. D’autres options sont possibles: puiser dans les réserves et faire payer celles et ceux qui ont profité des cadeaux fiscaux.

A Fribourg, un refus clair de la LAFE s’impose donc. Mais au-delà, c’est partout que doivent se renforcer les mobilisations pour mettre fin aux politiques d’austérité.

Agostino Soldini est le secrétaire central du Syndicat des services publics

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